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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/303

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son auteur, sur ses propos, sur ceux de ses amis les plus proches, elle suscita le plus vif enthousiasme. A peine publiée, elle devint la proie des critiques, des commentateurs, des annotateurs, des adaptateurs, des traducteurs. On salua eh elle, en des termes variés, « l’expression la plus haute et la plus ample d’une vie humaine, de Tune des plus riches et des plus lumineuses que le monde ait vues, d’un peuple et d’un siècle [1]. » On l’accueillit d’emblée dans le répertoire éternel, à côté de la Divine Comédie et de Hamlet. Puis, quand à force de l’expliquer on en eut irréparablement brouillé la simple intelligence, on y tailla des poèmes symphoniques et des livrets d’opéra. Comme les musiciens, les peintres, les sculpteurs, les dessinateurs, les graveurs, s’acharnant sur elle, en illustrèrent toutes les scènes, en fixèrent tous les motifs. Aussi est-il devenu bien difficile de résumer une longue carrière dont les moindres détails nous sont connus, et que trois générations d’hommes ont amplifiée. Cette difficulté s’aggrave encore du fait que, sans parler des fragmens qui précèdent le premier Faust, l’œuvre de Gœthe comprend deux parties distinctes l’une de l’autre, bien que reliées l’une à l’autre. Nous accepterons l’idée discutable de leur unité pour raconter leur formation, et pour rechercher leur sens général.


I

La question des origines de la légende de Faust a été souvent traitée. On peut la considérer comme définitivement élucidée, à moins toutefois — cas auquel elle pourrait encore fournir matière à quelques in-octavo — qu’on ne tienne à la rattacher à des légendes très anciennes, comme la légende gnostique de Simon le Magicien, celle du diacre Théophile d’Adana, celle de saint Cyprien et de sainte Justine, en deux mots, à la série des légendes diverses qui roulent sur le thème commun d’un pacte conclu avec les puissances du mal pour obtenir en ce monde tous les biens qu’on peut souhaiter ainsi qu’un pouvoir surnaturel. Ces légendes se ressemblent toutes, en ce sens qu’elles ne font guère qu’amplifier des faits plus ou moins authentiques : intrigues ou malversations auxquelles quelque personnage historique, à d’autres [2]

  1. Kuno Fischer, Gœthe’s Faust nach seiner Entstehung, Idee und Composition.
  2. Voir le volumineux ouvrage d’Ernest Faligan : Histoire de la légende de Faust, in-8°, 1888.