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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/222

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Revue dramatique


Ton Sang, « tragédie » en quatre actes, de M. Henry Bataille. — L’Enfant malade, pièce en quatre actes, de M. Romain Coolus.

Ces deux pièces ont été jouées dernièrement, l’une au « théâtre de l’Œuvre », l’autre au « cercle des Escholiers ». Elles sont intéressantes et particulières. Chacun des deux auteurs a bien fait ce qu’il voulait, et s’est abandonné avec complaisance à son tempérament propre. Et, parce que ceux qui les ont écrites, ayant d’ailleurs des cerveaux hors du commun, les ont beaucoup aimées, ces deux pièces ne sont point indifférentes ; et, si vous savez vous y prêter, elles vous réservent çà et là, chacune à sa manière, des impressions assez rares. L’un des auteurs est poète de son état ; l’autre est, de son métier, professeur de philosophie : et il apparaît en effet que la réalité est interprétée, dans le premier de ces curieux drames (Ton Sang), par un rêveur, et, dans le second (L’Enfant malade), par un raisonneur. C’est à cette constatation que je m’efforcerai, plutôt qu’à des jugemens qui seraient peut-être sévères, et bien inutilement, si je me figurais ces deux ouvrages représentés devant un public moyen et si je les jugeais avec celle de mes âmes qui correspond à l’âme de ce public.

Voici, réduit aux faits, le sujet de la « tragédie » de M. Henry Bataille. Deux frères se trouvent être aussi différens que possible. Maxime, l’aîné, est très bien portant, actif, d’esprit pratique et dur, et dirige une usine. Daniel est malade, anémique et neurasthénique au dernier degré ; très doux ; et passe ses journées à se plaindre subtilement. Une jeune fille, Marthe, est devenue la maîtresse de l’aîné, tout en restant la garde-malade très tendre du cadet, dont elle est passionnément aimée. — Les deux frères ont une grand’mère, qui sait tout cela, et qui n’a qu’une pensée : guérir Daniel ou l’empêcher de