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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/205

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action dont il est nécessaire de tenir compte. Les Suédois se sont longtemps obstinés à considérer l’art comme un ensemble de théories et de procédés qu’on devait acquérir de toutes pièces sans autre préoccupation qu’une scrupuleuse minutie de travail : il était logique alors de leur faire place entre les maîtres qu’ils s’étaient choisis, sans plus se souvenir de leur origine. Mais du jour où ils s’aperçoivent que, certains principes universels posés, l’art peut et doit être individuel, ils nous proposent une interprétation marquée de leur personnalité ; ils font œuvre de Suédois, et nous devons partir de ce fait pour essayer de comprendre leur pensée et d’expliquer leur manière. C’est là une de ces évidences qu’on ose à peine répéter, et que nous voyons souvent négligée au point de fausser toute conception de l’étranger. Il serait absurde de prétendre étudier avec le même esprit la production contemporaine de l’art Scandinave et de notre art national : l’école actuelle de Suède procède du réalisme français qui a provoqué son initiation et dirigé ses premiers essais : ce qui n’empêche de constater à chaque exposition les différences toujours plus accentuées des ouvrages venus de Stockholm ou de Paris. Cet écart entre deux mouvemens nés d’une même cause s’explique précisément par l’inégalité des conditions dans lesquelles ils se sont développés : nous connaissons maintenant de manière à peu près définitive les résultats du réalisme français : une rapide analyse des œuvres principales de l’école suédoise nous montrera ce qu’a donné le réalisme septentrional et ce qu’on en peut encore attendre [1].

Nous remarquons d’abord que les Suédois ont vu dans le réalisme une forme générale et simple qui n’exclut aucun sujet et s’accorde avec toute intention sincère : ils ont évité le « genre » réaliste et n’ont pas cru devoir restreindre leur choix aux motifs où la réalité paraît plus intense, grossie par des reliefs outrés ou un coloris inhabituel ; ils ont fui l’exceptionnel que, sous prétexte de pittoresque, les chefs de notre école réclamaient avec insistance. Seuls les artistes de transition, adoptant nos doctrines nouvelles à la fin de leur carrière et animés d’une foi belliqueuse, se sont attachés à démentir leur passé en renforçant à tout prix l’expression. Ainsi Hellqvist qui, après une série de compositions

  1. La Suède compte plus de cent artistes produisant actuellement. Elle envoyait à l’Exposition de 1889 cent quatre-vingts compositions qui valaient à ses artistes quarante médailles et mentions. Je ne cite que les noms principaux caractérisant des œuvres vraiment originales.