Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/197

Cette page n’a pas encore été corrigée


entre Greuze et Walteau. Quelques-uns se font une réputation à Paris, où l’on oublie le plus souvent leur origine. Lafrensen voit son nom transformé en Lavrence ; le miniaturiste Hall est membre de l’Académie des Beaux-Arts et peintre du roi ; et, plus parisien qu’eux tous, Roslin conquiert une véritable popularité. Il fait partie du petit groupe d’artistes à la mode, protégés par la cour et les salons : ses portraits de Louis XV lui valent une pension et le logement au Louvre, où trois de ses tableaux sont encore. Diderot, dans ses Salons, a justement montré en lui un peintre chercheur de menus détails, un talent impersonnel fait surtout d’adresse, excellant à rendre le chatoiement des étoiles et la finesse des broderies : ce qui ne l’empêche point de le traiter, en une incohérente boutade, de Goth, de barbare du Nord mal acclimaté. C’est bien l’éloge que Roslin et les rivaux qui l’entouraient méritaient le moins : on cherche des Goths, on trouve des Parisiens toujours.

Un critique suédois [1] en est réduit, pour caractériser à cette époque les peintres de son pays, à faire suivre leur nom de celui d’un maître français. Bolander est « genre Oudry », Hillerstrom « genre Chardin », et Wertmüller « genre Greuze ». L’influence française n’épargne point les quelques artistes restés à Stockholm, qui suivent les conseils du Lyonnais Desprez, « agent général du roi pour les arts libéraux ».

Cette docilité d’imitation se retrouve chez les artistes de la première moitié du XIXe siècle. Ceux-ci s’attachent moins étroitement à la France et font preuve d’un cosmopolitisme plus libre : mais ils demeurent éloignés de la Suède avec une aussi curieuse obstination. Ils s’en vont à Paris, à Rome, à Dusseldorf ou à Munich, deviennent les disciples des artistes en renom ; ce sont des imitateurs adroits ; ils viennent parfois en concurrence avec leurs maîtres, mais toujours paraissent oublier qu’ils ont laissé derrière eux une patrie, où la lumière, les paysages, les types semblaient clairement choisis pour inspirer un art national : ils traitent les motifs à la mode, ils copient les procédés qu’on emploie partout autour d’eux. Quand ils retournent à leur pays d’origine, les yeux pleins du soleil de France et d’Italie, la main faite aux formes conventionnelles longuement étudiées, ils sont incapables d’éprouver ou d’exprimer une impression nouvelle, et, de bonne

  1. M. Nordensvan, Svensk konst och svenska konstnärer.