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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/194

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son histoire et le succès définitif de son école contemporaine résume avec éclat l’originale variété de l’art septentrional.


II

Dans la confuse et laborieuse formation de l’art suédois, quelques faits seulement s’imposent au souvenir, qui continuent d’exercer une influence sur la production actuelle et peuvent en faire mieux comprendre le caractère.

Et d’abord, cette formation fut très lente : ceci est une banalité nécessaire à répéter en l’expliquant. On se méprend souvent sur la véritable cause de ce retard que les peuples du Nord ont subi dans leur évolution intellectuelle : on veut l’attribuer à une certaine rudesse de la race qu’on prétend d’esprit lourd et d’éducation difficile. C’est là une erreur absolue que doit démentir l’histoire de la Scandinavie. De tout temps, le Suédois avait des dispositions naturelles très souples et se montrait apte à recevoir un enseignement artistique quelconque. Mais les conditions spéciales de la civilisation septentrionale allaient à l’encontre de la vie en commun, de l’existence urbaine : les Suédois ont vécu jusqu’à l’époque contemporaine dans une décentralisation absolue. Ils forment de petits groupemens, réduits à quelques dizaines d’individus perdus au milieu des forêts, isolés à l’extrémité des lacs ; dans les archipels qui émiettent les côtes de la Baltique, de loin en loin un rocher porte un campement de pêcheurs et, le long des fjords, des fermes s’espacent, ayant entre elles d’immenses déserts de pierres. Riches seulement de la richesse du sol, les Suédois doivent exploiter un territoire étendu : leur petit nombre relatif entraîne une dispersion forcée et leur interdit les agglomérations ; ils n’ont pas de grandes villes : au milieu du XVIIe siècle, Stockholm n’avait pas vingt mille habitans. Entre les différentes provinces les communications sont rares ; chaque petit centre doit se suffire à lui-même et toute activité est ainsi localisée et morcelée à l’infini.

Mais, en même temps qu’elles rendaient impossible tout mouvement d’ensemble, ces conditions spéciales de la vie du nord développaient vite un art de décoration très caractéristique. Les Suédois aimaient d’instinct les couleurs simples, les teintes claires qui s’harmonisaient avec le vert uni des forêts et la grisaille des roches : leurs cabanes, bariolées de rouge et de jaune, s’encadrent