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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/106

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serai auprès de vous, et de vous témoigner toute la joie et la tendresse de mon cœur, que vous connaissez que j’ai toujours eue pour vous, et qui ne finira qu’au tombeau : c’est mon cœur qui vous parle, c’est pas mes lèvres. J’aspire le moment pour vous rejoindre ; je ne tiens plus à rien qu’à vous, mon cher ami.

« Je suis, avec toute l’amitié et la reconnaissance possible et l’attachement, mon cher bon ami, votre humble et bonne amie, Thérèse Le Vasseur. »

C’est ainsi que parle la nature. Thérèse était une pauvre fille, mais elle avait du cœur, et cela nous aide à comprendre que Jean-Jacques l’ait aimée.

Ecoutons maintenant sur son compte Mme de Verdelin, cette gracieuse et sensée amie de Rousseau, que Sainte-Beuve a peinte en un charmant portrait ; elle-même s’est peinte mieux encore dans ses lettres, qui forment, avec les réponses de Rousseau, la branche la plus agréable, je le crois, de toute la correspondance du célèbre écrivain [1].

Mme de Verdelin, en écrivant à Rousseau, ne parle de Thérèse qu’avec des paroles amicales :

« Est-ce vous, mademoiselle Le Vasseur, qui donnez des leçons (à Jean-Jacques, qui apprenait à faire des lacets) ? Je voudrais bien être votre écolière, je vous donnerais en revanche des leçons de cuisine. Il y a quinze jours que je fais mon dîner et mon souper, et que j’imagine des ragoûts, aidée d’une femme de chambre qui n’a jamais su faire que des papillotes ; et assurément j’ai de grands succès. Si jamais, mon voisin, je suis assez heureuse pour vous revoir, je crois que Mlle Le Vasseur, dont j’ai mangé un si bon ragoût, et que j’aurais volontiers prise pour ma maîtresse, ne sera plus que mon aide. Permettez que je l’embrasse, et l’assure de la plus véritable estime et amitié. »

Purs complimens, peut-on dire : Mme de Verdelin tient à rester l’amie de Rousseau ; et à cause de cela, elle loue et flatte sa compagne. — Eh bien ! voici qui a plus de poids. Mme de Verdelin venait de perdre son vieux mari ; en annonçant à Rousseau cette mort, elle lui parle de sa position devenue plus indépendante :

  1. A l’heure qu’il est. à vrai dire, il est assez difficile de s’en rendre compte, puisque les lettres de Mme de Verdelin n’ont pas été réunies aux réponses de Rousseau, et que celles-ci sont même enfouies dans un ancien volume de l’Artiste, et n’ont pas encore été jointes au reste de la correspondance.