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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/862

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quelconque, autre que celui du grand corps germanique. »

Mais le Directoire tient à la Prusse. « C’est avec elle que nous aimerions à concerter tout ce qui est relatif à la pacification de l’Allemagne, écrit encore Talleyrand, le 7 septembre. C’est autour d’elle que nous voudrions voir ralliés les princes secondaires d’Allemagne. » Voici ce qu’il en attend et ce qui est bien fait pour confirmer les appréhensions de Haugwitz : « Il est de plus un autre objet qui intéresse essentiellement la paix continentale, dit Talleyrand à Sandoz : c’est celui d’une garantie faite par la Prusse, l’Espagne, les Républiques française et helvétique, des Etats de l’Italie, tels qu’ils existent aujourd’hui ; garantie qui entraverait les projets de l’empereur et le forcerait à signer la paix. » Ainsi, après la rive gauche du Rhin, les têtes de pont sur la rive droite ; après la Belgique, la Hollande ; après l’Helvétie, l’Italie et ainsi de suite, tant que l’Europe laissera la République révolutionner le monde et renverser les trônes. La Prusse, en 1798, eut peur comme elle eut peur en 1805, lorsque Napoléon, après lui avoir fait les mêmes ouvertures, déploya les mêmes exigences. Elle refusa. Sieyès résuma la négociation, le 29 septembre, par ces mots : « La Prusse ne veut rien faire pour la paix, rien, absolument rien. » Et quelques jours après : « Je ne puis trop le répéter : les Français s’opiniâtrent mal à propos à considérer la Prusse comme leur allié naturel dans tous les temps… Quand on voit de près ce pays si mal connu des Français, même après le gros et le petit livre de Mirabeau, on s’étonne qu’il puisse avoir un parti en France [1]. »


VI

Dès lors, à Rastadt, toute la diplomatie s’écoula en procédure.

Le Directoire avait compté sur la Prusse, gagnée par les articles

  1. Rapports de Sandoz, 9 septembre ; de Sieyès, 13 octobre et 3 novembre 1798. Le gros livre de Mirabeau, c’est la Monarchie Prussienne ; le petit livre : l’Histoire secrète de la Cour de Berlin. Quant au parti de l’alliance prussienne, Sieyès y voit le produit des manœuvres du juif Ephraïm, qui connaissait beaucoup de financiers et de journalistes et s’entendait à manier l’opinion ; Ephraïm l’avait montré au commencement de la Révolution, mais il n’aurait pas réussi, malgré tout son savoir-faire, sans le préjugé philosophique que Voltaire et les encyclopédistes avaient répandu en faveur de Frédéric ; sans la haine persistante de l’Autriche qui transformait, aux yeux des badauds, les ennemis de l’Autriche en amis de la France ; enfin et surtout sans la conviction que l’alliance prussienne était seule capable de procurer h la France la rive gauche du Rhin.