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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/857

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aboutirent à la guerre en 1806. Au temps où Sieyès se rendait à Berlin, la Prusse, comme il advint en 1805 lors des propositions de Napoléon, se trouvait en pourparlers avec la Russie. Le prince Repnin, arrivé à Berlin le 16 mai, tâchait d’accorder les prétentions de la Prusse avec celles de l’Autriche, d’étouffer les méfiances de ces deux cours, de les liguer pour résister à la France dans l’Empire, de les attirer dans la coalition qui se tramait sourdement entre Londres, Vienne et Pétersbourg. Les Prussiens n’avaient pas plus de confiance dans les cours impériales que dans la République. Ils redoutaient l’alliance de la Russie presque autant que son inimitié. « Avec les moyens que nous connaissons aux Français, écrivait le ministre Alvensleben, nous pourrions prévoir que nous serions la première victime, car les Français étant déjà au cœur de l’Allemagne, nous serions obligés de nous opposer les premiers au torrent, avant que la Russie ait pris l’idée de faire quelque chose, si jamais elle veut et peut même le faire ; et si enfin elle en prenait la résolution, une armée russe qui passerait par nos provinces équivaudrait à une demi-révolution. » La conclusion du roi fut de demeurer neutre, d’étendre cette neutralité à l’Allemagne du Nord, d’y former une union restreinte, de s’en faire le dictateur et de tirer ainsi de cette neutralité allemande les mêmes avantages que les Français tiraient, en Italie, de leurs républiques. Quant à la France, elle s’en tiendrait aux indemnités éventuelles de la convention de Berlin, de 1796. Le roi de Prusse déclina donc les ouvertures du prince Repnin, et, de la même façon pour les mêmes motifs, celles de Sieyès.

Le choix de ce conventionnel avait fort effarouché la cour. Les prudens redoutaient en Sieyès un autre Bernadotte, Les soupçonneux craignaient les artifices, la propagande, les complots. L’homme qui passait pour le principal artisan de la république en France, arrivait à Berlin au milieu des espérances, des illusions du nouveau règne. Les Prussiens se flattaient de voir sur le trône, la pure raison, avec le roi, la grâce, avec la reine, avec tous les deux, la vertu. L’armée, encore dans son prestige, s’enorgueillissait de représenter la monarchie de Frédéric, Les officiers gentilshommes affectèrent d’éviter l’apôtre de la Révolution. On se répétait, à l’oreille, sur son passage, dans les salons, en français berlinois, la fameuse sentence de 1793 : « Sans phrases ! » La réaction contre tout ce qui venait de la France se