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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/853

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à l’exaspération. » Il se forme à Naples un foyer d’insurrection républicaine, mais entre Rome et Naples, les montagnes se hérissent d’ennemis ; une insurrection universelle, insaisissable de paysans et de brigands barre la route. Vendée italienne cent fois plus sanguinaire que l’autre et irréductible, même par la justice, ils n’ont à l’égard de l’étranger impie qu’un sentiment : l’expulser, le dépouiller, le torturer, le tuer ; redoutables au vainqueur qu’ils harcèlent et épuisent, impitoyables au vaincu qu’ils exterminent dans les supplices.

Le Directoire est encore capable de propager la Révolution ; il est incapable de la reconnaître sous la figure qu’elle prend à l’étranger ; il prêche le cosmopolitisme ; il pratique la conquête et il sème la haine. En conquérant les peuples, il les rassemble ; en les exploitant, il les révolte ; en les appelant à la liberté, il les soulève contre la France.


V

Naples prend peur. Nulle part le gouvernement n’était plus détestable aux âmes généreuses ; nulle part une tyrannie plus avilissante, plus d’espions, plus d’inquisition, de geôles, de gibets. Ferdinand et Caroline demandent secours à l’empereur. Il promet de les défendre s’ils sont attaqués ; mais, en même temps, il les exhorte à la patience. Il n’est pas en mesure de recommencer les hostilités, et dans l’intermède entre la paix armée et la guerre ouverte, il tâche, encore une fois, de négocier avec la France un partage de cette même Italie qu’il est appelé à protéger.

C’est le fond des conférences qui se tiennent, en juin, à Selz, entre Cobenzl et François de Neufchâteau, et qui ont pour objet ostensible le règlement de l’affaire de Bernadotte. Comme le Directoire persiste à refuser les Légations, même au prix du Piémont que l’Autriche lui abandonnerait, les conférences se rompent, et l’empereur, faute de ne pouvoir dépecer l’Italie, d’accord avec le Directoire, sera réduit, pour s’y tailler un royaume à la sauver des Français. « Ce n’est ni Selz, ni Rastadt qui me rend malheureux, écrivait Cobenzl, c’est l’Adige. Le bonheur serait pour moi sur l’Oglio et dans les Légations ! » — « Du reste, ajoutait-il pour se consoler, les traités n’empêcheront jamais les Français de nous attaquer… Petites ou grandes puissances, il n’en est aucune à laquelle la France ne destine le même sort. » Et puisqu’elle