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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/84

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mais plus d’un, en son temps, balança l’autorité de ceux qui ont écrit et dont nous admirons les œuvres : tel était cet Aristophon qui mourut centenaire, après avoir rempli de sa turbulente activité près de soixante années d’histoire grecque.

De pareils hommes abordaient la vie publique sans préparation spéciale ; aux autres, il fallait une sorte d’initiation. Quelques-uns allaient la demander à des emplois subalternes de scribe ; attachés à la personne d’un orateur en renom, ils lui servaient de secrétaire, préparaient les décrets qu’il devait proposer au peuple, l’assistaient dans les procès qu’il avait à soutenir en donnant lecture des pièces justificatives destinées à renforcer sa plaidoirie. Ces utiles fonctions étaient quelquefois remplies par des étrangers : un biographe anonyme nous apprend que Lycurgue, le contemporain de Démosthène, avait auprès de lui un certain Euclide d’Olynthe qui, possédant à fond la langue législative, lui rendit par là les plus signalés services. Mais des citoyens aussi les recherchaient ; c’est ainsi qu’Eschine fut successivement secrétaire de deux des politiques les plus fameux de son temps, Aristophon d’Azénia et Eubule. Le même Eschine, avant de devenir un des plus grands orateurs d’Athènes, avait été adjoint, en qualité de scribe, à différens magistrats d’ordre inférieur, jusqu’au jour où sa compétence spéciale et sa belle prestance l’avaient fait choisir pour être secrétaire du conseil et du peuple. On devine ce que ces stages plus ou moins prolongés dans de pareils postes pouvaient apprendre à un esprit ouvert, quel gain devait retirer une vive intelligence de ce quotidien maniement d’affaires, de ce commerce familier avec les hommes et les institutions.

Telle n’était pas, cependant, la forme habituelle de l’éducation d’un orateur. Comme l’influence dépendait presque uniquement de la parole, c’était l’art de la parole qu’il s’agissait avant tout d’acquérir ; pour s’y rendre habile, on se remettait aux mains d’un de ces professeurs, si nombreux à Athènes au ive siècle, qui prétendaient former les jeunes gens à la politique ; on apprenait de lui les secrets de l’éloquence, les tours insinuans qui pénètrent les âmes, les coups de surprise qui étonnent et livrent à discrétion les volontés vaincues. Par des compositions fictives, déclamées en présence du maître et de quelques condisciples, le futur homme d’État assouplissait son style, sa voix, son geste ; des manuels lui venaient en aide pour certains développemens : il trouvait dans des recueils, dont la popularité est attestée par maint