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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/838

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s’élance ; à tout ce qui marche, à tout ce qui court, à tout ce qui vole ; à tout ce qui veut surtout, et d’une volonté incessamment tendue, parfois contrariée, mais toujours courageuse, indomptable et à la fin triomphante. Vous comprendrez alors non seulement quelle étendue la symphonie de Beethoven a donnée à la pensée, mais quelle énergie, quelle efficacité à l'action, elle ne manque jamais d’y atteindre. Elle n’y atteint pas sans effort, sans souffrance et je dirai presque sans mérite, car il semble que le mérite, cette beauté morale, ne soit point étranger à un art d’où nulle beauté n’est absente. Dans la symphonie de Beethoven, l’action tantôt se concentre et se ramasse (premier morceau de la symphonie en ut mineur) ; tantôt, comme dans le premier morceau et le finale de VHéroïque, dans le finale de Vtit mineur, elle se développe au contraire et magnifiquement se déploie. Cette action enfin est progrès. Jamais elle ne recule, ne se détourne ou ne s’arrête. Elle est une promotion constante vers un degré supérieur de l’existence et de la force. On dirait que les mélodies de Beethoven participent de la nature des âmes et de leur vocation. Elles semblent nées de Dieu pour retourner à Lui, mais pour retourner à Lui plus précieuses et plus belles. Ainsi la symphonie en son cours ajoute sans cesse quelque chose au prix, à la beauté de l’âme mystérieuse qui l’anime. Ainsi Beethoven rend toujours plus qu’il n’a reçu ; et s’il est prodigieux que le début d’une symphonie Héroïque, que sept ou huit pauvres sons vivent véritablement, qu’un principe de vie soit en eux, ce n’est pas un moindre miracle que la vie en eux s’accroisse sans cesse, et qu’à la fin de la symphonie on les retrouve parvenus à la plénitude et à la totalité de leur être. Au point de vue de la force que la musique peut renfermer et produire, rien n’approche de la symphonie de Beethoven. Mais en même temps qu’une force, — et par là s’achève la perfection de sa beauté, — la symphonie de Beethoven est un ordre. Le premier morceau de la plus libre, de la plus spontanée entre toutes les symphonies, Vut mineur, est du commencement à la fin en parfait accord avec les règles qui gouvernent toute composition musicale, fût-ce une sonate de Haydn ou de Pleyel. Or, ces règles n’ont rien d’arbitraire. Elles ne furent point édictées par la volonté ou le génie d’un seul, qu’un génie supérieur un jour peut contredire. Elles ont résulté peu à peu du lent progrès de la mu-