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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/722

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celui qui le pousse à tirer de ces moyens tout ce qu’ils peuvent effectivement produire ? L’Évangile a dit qu’il y aurait toujours des pauvres parmi nous, et cette parole, dans sa tristesse, est probablement vraie ; mais il faut aussi qu’il y ait des riches, parce que l’existence des riches comporte pour chacun la possibilité de le devenir lui-même, ou du moins d’améliorer de plus en plus sa situation. Quelle autre prime à donner au travail que celle-là, et s’il n’y a pas d’avantage à travailler, pourquoi le ferait-on ? Serait-ce dans l’intérêt de la collectivité ? Chimère de le croire ! Les essais qui ont été tentés en ce genre ont tous misérablement échoué. La conception socialiste repose sur la méconnaissance absolue de l’homme et des ressorts qui le font agir. Elle lui enlève tous les motifs qu’il a eus jusqu’ici de travailler, parfois sans consulter ses forces, depuis la première lueur du jour jusqu’au crépuscule, avec obstination, avec acharnement, parce qu’U travaillait pour lui et pour les siens, et qu’il était d’ailleurs assuré de trouver dans la loi la protection dont il avait besoin pour rester maître des produits de son travaO. Sans doute, des abus peuvent se produire dans la poursuite, dans l’accaparement de la propriété, et aussi dans le travail excessif imposé à ceux qui n’ont pas encore atteint l’âge où l’on est vraiment libre ; mais U y a des lois pour les combattre. Ce n’est pas ces abus que nous défendons en défendant la liberté et la propriété. Nous disons seulement que si on supprime l’une et l’autre, on aura supprimé du même coup la raison d’être du travail. A l’homme travaillant le plus qu’il peut, on aura substitué l’homme travaillant le moins qu’il pourra. Il travaillera juste ce qu’il faudra pour assurer sa subsistance, pas davantage, et pourquoi travaillerait-il davantage, puisque l’État socialiste ou collectiviste le priverait des produits de son travail dès que ces produits dépasseraient une certaine quantité ? Le principe même du progrès disparaîtrait dans le monde, que les sophistes auraient créé à l’encontre de son premier auteur. Les propriétaires, les tout petits propriétaires auxquels on ferait provisoirement grâce, se considéreraient comme les serfs de la terre, de la glèbe qu’on leur aurait concédée ou imposée comme un véritable lit de Procuste, inextensible par lui-même, et qui leur interdirait d’étendre eux aussi leurs facultés au delà de la mesure commune et moyenne adoptée par la nouvelle bureaucratie. Ils ne seraient que les fonctionnaires de la terre, appliqués à faire le moins de travail possible. En vérité, ce rêve pèse sur l’imagination ; il nous ramènerait bientôt sous une autre forme à la barbarie primitive ; c’est pourtant celui que, par une trompeuse équivoque, M. Jaurès propose à nos paysans. U leur