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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/62

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d’abord par le Pape avec une bonté toute paternelle, ne serait pas atteint péniblement par un acte qui était, en quelque sorte, le chapitre final de la médiation en même temps que la consécration éclatante du nouveau succès remporté par la diplomatie prussienne. Comment le Pape, après s’être si sagement refusé à intervenir dans les arrangemens de détail stipulés entre M. de Schlœzer et le marquis de Molins, s’était-il résigné à perdre peut-être aux yeux des populations espagnoles tous les bénéfices de cette sagesse ? Il y avait là une sorte de phénomène psychologique qu’il fallait sans doute attribuer au plaisir trop intense causé à Sa Sainteté par le succès d’une campagne diplomatique dans laquelle le pontificat romain avait manœuvré de compte à demi avec la redoutable puissance dont l’humeur dominatrice autant qu’ombrageuse pesait alors très lourdement sur les destinées du monde.

Mais, si on s’explique les illusions sentimentales de Pie VII allant sacrer Napoléon à Paris, après la signature du Concordat, il était moins aisé, en 1886, de comprendre l’entraînement auquel Léon XIII parut s’abandonner en comblant de ses grâces le prince de Bismarck, toujours armé de ces lois de Mai qui étaient, après la constitution civile du clergé en France, la plus formidable machine de guerre qu’on eût inventée en ce siècle contre l’organisme vital de l’Eglise catholique. A la fin de sa lettre au chancelier, le Pape disait : « Qu’il nous soit donc donné de présager ici l’avenir et, en envisageant ce qui a été déjà fait, d’y puiser de nouvelles espérances pour le reste ! » Léon XIII y parlait aussi de l’entière liberté nécessaire à l’exercice du pouvoir du pontificat romain. La réponse du prince de Bismarck fut remise au Saint-Père le 16 janvier 1886. Si agréable que dut être la surprise du Pape en s’entendant appeler Sire, il ne lui échappa pas que cette lettre laissait absolument dans l’ombre la question de « l’entière liberté » nécessaire au Saint-Siège. Cette prétention ne devait pas manquer d’être relevée par la presse italienne ; elle atténuait le déplaisir qu’on avait éprouvé au Quirinal de voir le principe de la souveraineté du Pape implicitement reconnu à Berlin et, par voie de conséquence, rétabli en quelque sorte dans le droit public de l’Europe. Quant aux nouvelles espérances qu’au Vatican, « en envisageant ce qui avait été déjà fait, on caressait discrètement pour le reste », rien n’autorisait encore à penser qu’elles se réaliseraient dans un prochain avenir.