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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/56

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parlementaire, resterait isolé, impuissant et réduit à demander grâce et merci au pouvoir civil. Cette argumentation s’était fait jour dans la presse gouvernementale en Allemagne, chaque fois qu’il avait été pourvu aux sièges épiscopaux que la mort ou l’exil des anciens titulaires avaient laissés inoccupés. On avait vu alors les feuilles officieuses s’efforcer de démontrer aux nouveaux évêques que leur intérêt, de même que celui de leurs ouailles, était de s’entendre avec le gouvernement royal sur toutes les questions en litige sans invoquer l’intervention du Saint-Siège.

Cependant, le 7 août 1885, tous les membres de l’épiscopat prussien, réunis à Fulda, adressaient à leurs diocésains une lettre collective qui constituait une réponse aux mesures par lesquelles on avait espéré à Berlin obtenir à peu de frais la fin du conflit religieux. Reprenant les paroles adressées de Fulda aux fidèles, onze ans auparavant, par leurs prédécesseurs, les nouveaux évêques terminaient leur lettre par ces mots : « Soyez fermes en votre amour et fidélité envers l’Eglise ; souffrez, supportez tout, plutôt que de renier l’Eglise, ou le moindre de ses enseignemens. » La portée d’un semblable appel ne pouvait manquer d’être appréciée au Vatican. On devait s’y réjouir, ainsi que l’écrivit le Moniteur de Rome, de « cette constatation officielle des liens intimes, étroits, indissolubles, qui reliaient, comme une vaste chaîne d’âmes, tous les membres de la grande famille catholique. » « Cette parole, continuait le Moniteur, est venue au moment psychologique. Au début du Culturkampf, nos adversaires tendaient à séparer les populations des prêtres, des évêques, du Pape. Le rêve d’une sorte d’Eglise nationale démocratisée à outrance hantait les imaginations… Pendant ces trois dernières années, les évêques exilés et le Pape étaient décriés comme des ennemis de la paix. Hier, tout d’un coup, la presse anticatholique exalte les évêques aux dépens du parti catholique… Attaques contre le Saint-Siège, récriminations contre ceux qui jusqu’ici étaient réputés les plus hostiles au gouvernement, tout cela cesse comme par enchantement. Un nouvel acte commence, dans le drame du Culturkampf. Les coupables, ce sont maintenant les fidèles, les représentans du Centre, les soldats de la presse. C’est un revirement qui a son importance politique, mais l’épiscopat ne laisse pas couper en deux l’année catholique. »

Les encouragemens donnés ainsi des bords du Tibre aux adversaires résolus des lois de Mai ne pouvaient manquer de frapper