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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/480

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La manière dont il a congédié le prince de Bismarck faisait pressentir qu’il ne s’arrêterait pas, à l’égard des autres, à des scrupules exagérés, et c’est ce qui est arrivé. Il a voulu inaugurer, en arrivant au pouvoir, une politique moins rude, plus modérée, plus tempérée, plus libérale que celle du chancelier de fer. Il a même laissé percer, à ce moment, des tendances vers un certain socialisme, auquel il n’a d’ailleurs pas réussi, même au moyen de la conférence de Berlin, à donner un caractère tant soit peu précis. Le chancelier de Caprivi a été l’homme de cette période de générosité, qui a été courte, et à laquelle en a succédé une autre, dont le caractère est plus difficile à déterminer, période de transition sans doute, où la pensée souveraine a continué d’évoluer, et à laquelle a présidé modestement le prince de Hohenlohe. C’est un esprit sage et pondéré que le prince de Hohenlohe ; mais c’est avant tout un parfait, nous dirions presque un grand serviteur. Il s’est conformé à la volonté de son maître ; il l’a exécutée avec exactitude et docilité, sans y apporter peut-être cette chaleur particulière que donne une conviction forte. Le vieux chancelier n’est pas un homme d’élan et d’enthousiasme : il est d’ailleurs douteux que l’empereur puisse en supporter longtemps un de ce tempérament auprès de lui. Quoi qu’il en soit, le prince de Hohenlohe est menacé à son tour, et on a parlé, dans ces derniers temps, de lui adjoindre un vice-chancelier destiné, suivant toutes les vraisemblances, à recueillir bientôt sa succession. Cette combinaison n’a pas eu de suite immédiatement : peut-être le prince ne s’y est-il pas prêté, et il est en somme un trop grand personnage, il a rendu trop de services dans des situations diverses, il a dans le monde germanique tout entier une situation trop importante, pour que sa personne ne soit pas l’objet de quelques ménagemens. Néanmoins on persiste à croire que ce qui ne s’est pas fait se fera, et que les jours du prince de Hohenlohe, en tant que chancelier de l’Empire, sont comptés. Mais que faut-il voir dans ce nouveau changement, qui n’est sans doute que différé ? Est-ce un pas en avant ou un pas en arrière que l’empereur se propose de faire ? Sur ce point, tout le monde est d’accord : il s’agit d’un pas en arrière, d’un retour aux pratiques ultra-conservatrices, vers les partis les plus réactionnaires de l’Empire, ou plutôt de la Prusse ; et il est possible que ce nouveau cours seconde manière ait aussi son influence sur la politique étrangère. On peut, en effet, considérer dès maintenant M. le baron Marschall comme remplacé par M. Bernard de Bulow, qui a été chargé de l’intérim de ses fonctions.

Ici, toutefois, gardons-nous d’exagérer. On a beaucoup dit que