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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/462

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Où le chœur des douleurs vers tes prunelles a brui Ses monocordes liturgies. </poem>

Voici le début d’une autre pièce :

Sur la même courbe lente
Implacablement lente
S’extasie, vacille et sombre
Le présent complexe de courbes lentes.
A l’identique automne les rouilles s’homologuent
Analogue ta douleur aux soirs d’automne
Et détonne la lente courbe des choses et tes brefs sautillemens.

Ne croyez ni que ces exemples soient choisis à dessein, ni que M. Gustave Kahn ait le monopole de ces monstruosités. Chez M. Moréas, chez M. Verhaeren, chez M. Viélé Griffin, chez dix autres, on rencontre d’innombrables séries de « laisses rythmiques » non moins baroques.

Ici, — puisque le vers libre est aujourd’hui sorti de la période héroïque, ses partisans eux-mêmes semblant se lasser d’une plaisanterie qui n’attroupe plus guère les badauds, — il serait temps de fixer quelques notions et de faire une distinction un peu précise. Les poètes ne veulent-ils qu’user dans l’intérieur d’une même strophe de mètres irréguliers ? Ils le peuvent, du moins à de certaines conditions : c’est que chacun des mètres pris isolément soit d’un rythme connu et correct, que le passage d’un mètre à l’autre ne soit pas trop déconcertant comme l’est par exemple celui du vers de huit au vers de sept, et enfin que l’intention de l’auteur soit claire et qu’on voie pourquoi il a changé le mètre. Veulent-ils adopter pour les rimes des dispositions inédites, et celles qu’ils trouvent chez les romantiques ne leur suffisent-elles pas ? Qu’ils remontent donc jusqu’aux poètes de la Pléiade, et qu’ils reprennent celles de leurs inventions rythmiques qui en grand nombre sont restées inemployées. Qu’ils construisent enfin d’autres strophes et qu’ils s’arrangent pour concilier la liberté de leur génie avec ces exigences de régularité en dehors desquelles il n’y a pas de versifications. Sans cela, l’idée elle-même de rythme se vide de toute espèce de sens. En l’absence de règles, si souples d’ailleurs et si élargies qu’on puisse les imaginer, il n’y a que la prose, et tous les artifices typographiques n’y font rien. Tel est bien le terme où tend cette liberté absolue qu’on réclame pour le poète. « Le vers est partout dans la langue où il y a rythme, prononce M. Stéphane Mallarmé. Dans le genre appelé prose il y a des vers, quelquefois admirables, de tous rythmes… Toutes les fois qu’il y a effort au style, il y a versification. » On n’ignorait pas au surplus que la prose eût son rythme, et sans