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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/460

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disloqué l’alexandrin. On ne saurait trop le redire : les innovations en métrique consistent à reprendre des formes déjà essayées et à généraliser l’emploi de celles qui n’avaient encore paru qu’à titre d’accidens. Tels vers de Corneille ou de Racine sont des modèles de cette coupe ternaire qu’affectionneront les romantiques. Ceux-ci dans le vers coupé en trois parties conservent néanmoins l’accent à la sixième syllabe, non pour aucune raison logique, mais par concession et par souvenir de l’ancienne forme. A mesure que l’oreille s’est habituée à la coupe nouvelle, il est devenu moins indispensable de rappeler la coupe classique. Déjà les Parnassiens se libèrent en quelque manière de cette servitude. Dans leur petit traité de versification, excellent et souvent hardi, MM. Le Goffic et Thieulin citent plusieurs vers de Leconte de Lisle et de M. Coppée où des mots tels que sous, vos, les, tous, puisque, proclitiques ou enclitiques et par là même atones, occupent la sixième place. Il n’y a pas de différence appréciable entre ce vers de M. Coppée :

Je vais donner | à tout le mon | de un peu de joie

et ceux de M. Moréas :

Et tout à coup | l’ombre des feuil | les remuées

ou de M. Verhaeren :

Rouges sur des | fleuves et les | mers novembrales.

Le vers décadent ne fait ici que suivre un mouvement commencé avant lui et qu’achever la réforme que les romantiques ont laissée à mi-chemin.

Il va sans dire que l’alexandrin restera la forme la plus employée du vers français : c’est lui qui donne à l’oreille, par sa plénitude et la symétrie de ses élémens, la satisfaction la plus complète. Le décasyllabe qui fut le vers de nos chansons de geste et celui de la Franciade a été adopté par le conte. L’octosyllabe est le vers lyrique par excellence. L’oreille accepte volontiers toutes les fractions d’alexandrin en nombre pair. Convient-il d’ailleurs de faire des vers qui excèdent les douze syllabes ? La Maison de l’Enfance, de M. Fernand Gregh, que couronnait hier l’Académie française, s’égaie de quelques vers de quatorze syllabes. Il y en a de plus longs au moyen âge. Ce qui fait le peu de succès des tentatives de ce genre, c’est que plus le vers s’allonge et plus la cadence en devient difficile à saisir ; c’est surtout qu’alors l’unité du vers n’existe plus qu’en apparence. Mais ce sont les mètres impairs qui sont plus particulièrement