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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/444

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n’augmente pas ; elles pèsent donc d’autant plus lourdement sur chaque contribuable imposé pour deux. De là des mécomptes déjà menaçans, des déficits qui ont été considérables et qui ne peuvent manquer de se reproduire, en admettant qu’aucune complication ne nous oblige à contracter de nouveaux emprunts. Ces mécomptes seront d’autant plus difficiles à éviter que notre dette, de beaucoup la plus forte du monde, ne s’éteint pas ; elle se perpétue, augmente, et, si on excepte des tentatives récentes mais partielles de réaction, nous avons même renoncé à l’amortir. On la convertit ou on a recours à des expédiens ; l’Europe tout entière s’ingénie à trouver des moyens de payer le moins bien possible ses créanciers. En France nos conversions ne servent pas à diminuer le chiffre de notre passif ou à dégrever d’impôts le pays ; elles ont servi surtout à combler des déficits.

Aux charges financières de la France s’ajoutent des obligations de toutes sortes, depuis l’entretien des monumens de son passé jusqu’au paiement de ses dépenses de personnel : traitemens, pensions, etc. ; les pensions seules coûtent 232 millions ; elles atteindront 300 millions de francs par an. Nous sommes liés en outre par des engagemens que ne connaissent pas les peuples jeunes et qui nous paralysent, des monopoles innombrables, des contrats qui n’expirent qu’au siècle prochain. Des villes éclairées au gaz et traversées par des rivières au courant rapide n’auront pas le droit avant des années d’utiliser l’électricité.

Nos ressources étant affectées pour près des deux tiers au service de la dette, des pensions et de la défense, la France doit vivre avec un tiers seulement de son budget et nous nous trouvons ainsi en face de ressources qui diminuent et de dépenses presque irréductibles. On hésite à s’en rendre compte, et c’est pourquoi, à mesure que le rendement des impôts fléchit, on se raccroche à tous les systèmes et on promet aux contribuables des dégrèvemens qui risquent fort d’être illusoires. Nous nous obstinons à penser que les embarras présens sont momentanés et nous cherchons par suite à gagner du temps ; mais, en attendant, les dépenses courent et nous sommes obligés bon gré mal gré de tirer le plus possible de l’impôt. C’est toujours là qu’on aboutit et c’est par là, bien plus encore que par leurs avantages, c’est grâce à nos charges que nos rivaux nous battront ; car ces charges seront d’autant moins productives qu’elles seront plus lourdes. L’impôt excessif a pour correctif les fissures. Nous perdrons en coulage ce que