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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/442

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à grand’peine que 3 à 4. » On donne la préférence sur nos crus de Bordeaux à d’autres vins plus chargés, aux vins d’Italie par exemple qui, supportant de larges additions d’eau, permettent à l’importateur de doubler sans bourse délier sa provision.

Concurrence ou contrefaçon, Bordeaux languit ; là comme ailleurs, nos jeunes gens, voyant l’avenir incertain, perdent leurs années les plus actives dans l’attente d’une fonction publique ; des commis étrangers arrivent travailler à leur place, puis retournent chez eux enrichir leur pays de nos méthodes, des secrets de notre réussite, des listes de nos cliens ; dans toute la France le nombre est considérable des Allemands, des Belges, des Anglais qui sont venus jusque dans nos petites villes utiliser nos richesses et nous donner la plus humiliante des leçons. Agriculteurs et industriels, nous élevons de plus en plus nos fils pour être rentiers ou fonctionnaires, sans nous demander, si toute la France fait ainsi, qui donc leur servira des rentes et des traitemens.

Mais, dira-t-on, que voulez-vous que Bordeaux fasse si ses vignes ne rapportent plus ? C’est toute sa richesse. Qu’elle fasse autre chose. Je connais de jeunes hommes énergiques qui s’y sont créé une place très belle en fondant des industries, des fabriques de conserves, profitant de ce que la sardine, elle aussi, est un produit exclusivement français. Que Bordeaux garde ses vins fins, qui resteront toujours supérieurs, mais qu’elle prenne son parti des progrès de la surproduction universelle. Le Bordelais n’est pas seul atteint en France ; il est des régions plus éprouvées qui n’ont pas été assez riches pour reconstituer leurs vignes et qui ont dû laisser pousser l’herbe à la place ; dans de beaux vignobles de l’Aveyron, les chèvres et les moutons broutent autour des ceps desséchés et vous verrez vendre au lieu de vin des petits fromages d’un sou.

Chacun son tour, m’objectent certains philosophes ; le sud-ouest a eu ses beaux jours, d’autres parties de la France auront les leurs. Je le souhaite ; et parmi les remèdes que j’énumérerai plus tard je citerai l’exemple de la Sologne devenue riche à force de volonté ; mais il ne faut, pas tomber dans l’erreur habituelle des ultra-protectionnistes et croire qu’une fraction de la France peut être impunément sacrifiée à d’autres ; l’intérêt national bien entendu proteste contre cette conception de l’égoïsme le plus étroit : de l’ouest à l’est, du nord au sud, toutes les