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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/438

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menuiserie, la porcelaine, la métallurgie, la quincaillerie, la vannerie et le reste ; l’industrie allemande de la laine s’est développée depuis une quinzaine d’années à tel point que ses achats de matière première à Londres ont augmenté de 135 pour 100 tandis que les nôtres, qui sont cependant fort importans, n’ont augmenté que de 15 pour 100, et il en est ainsi pour un grand nombre d’industries dont la rapidité de développement a été prodigieuse. Mais la concurrence allemande ne diffère pas sensiblement de la concurrence intérieure, et bien loin de la présenter comme un danger, je la présente comme un modèle. Les Allemands, de même que les Belges, les Autrichiens, nous offrent sur beaucoup de points l’exemple de la résistance. Roubaix souffre de leur activité, comme Reims a souffert de celle de Roubaix, parce qu’ils se sont mis à l’œuvre les derniers, comme Lyon souffre de Zurich, de Côme, comme l’horlogerie suisse souffre de l’Amérique, etc. Le « danger allemand », ainsi que l’excès de la concurrence intérieure, n’est qu’un effet, un signe du vrai danger : l’avilissement du travail et des prix, la concurrence des mondes nouveaux. La main-d’œuvre allemande n’a sur la nôtre, tout compte fait, que des avantages discutables, et nous en avons d’autres en revanche ; mais elle est comme la nôtre, comme celle de tous nos voisins, incapable de lutter contre la main-d’œuvre exotique.

Quoi qu’il en soit, Roubaix se plaint de bien des choses et c’est mauvais signe. On pourrait espérer du moins qu’elle souffre d’un caprice passager de la mode, laquelle tient en suspens, elle aussi, la fortune de tant d’industries. Quand la laine se plaint, la soie rit, dit un calembour expressif, mais aujourd’hui, symptôme nouveau, la soie se plaint avec la laine, comme le coton, le vin, le blé… Lyon, le dernier rempart du libre-échange, est en pleine transformation et se divise : les tissus de soie pure demandent à être protégés.

En notre temps d’inventions continuelles, l’ancienneté d’une industrie est à la fois une force et une faiblesse. Lyon a conservé précieusement l’héritage d’une éducation séculaire, mais la noblesse a ses charges, et son industrie paie cher sa gloire et ses traditions ; elle est restée longtemps prisonnière d’un outillage ancien et n’a pu le renouveler que peu à peu ; on lui a reproché bien à la légère cette lenteur, sans penser que des milliers de vieux métiers appartenaient aux ouvriers qui tissaient à domicile. La réforme de l’outillage de la soierie devait entraîner à Lyon une