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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/423

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l’huile d’Aix n’est pas menacée seulement par les graines de coton, mais par les olives des Etats-Unis.

Enfin les perfectionnemens de l’industrie, les inventions les plus inattendues ont ouvert à nos concurrens un horizon nouveau et infini vers lequel ils se précipitent : l’exportation des produits frais, vivans, conservés ou manufacturés. Des entreprises hardies, des soins et des aménagemens savans permettent d’embarquer, sur les plus rapides paquebots, le bétail, — le danger de demain, — les animaux domestiqués ou élevés à l’état sauvage, puis habitués au râtelier et au baquet, bœufs, chevaux, ânes, mulets, moutons ou porcs. L’Italie elle-même commence à nourrir son armée avec du bétail vivant argentin ; et on calcule que nous recevons, en un an, par des voies détournées, jusqu’à 6 000 chevaux des Etats-Unis. On embarque également la viande gelée ou refroidie, le poisson, le lait stérilisé ou solidifié, les conserves, la charcuterie, les fourrages comprimés. A toutes les extrémités du monde les usines européennes s’élèvent à côté des mines, des champs, des troupeaux, au bord des rivières, le long des voies ferrées, dans les ports ; partout des fourneaux, des forges, des minoteries, des féculeries, des filatures, des fabriques et des ateliers de toutes sortes, tissages, teintureries, peignages même, distilleries, brasseries, tanneries, etc., étonne nous vend plus modestement la simple matière première, mais le produit tout transformé ou fabriqué, la fonte, l’acier, la farine, les pâtes, l’amidon, le fil, l’étoffe, l’huile, la bière, le cuir, avec l’espoir d’arriver à nous fournir peu à peu depuis notre pain tout cuit, jusqu’à nos vêtemens et à nos chaussures. Ne rions pas trop de ces perspectives ! Nos métallurgistes riaient, il y a quatre ou cinq ans seulement, à la seule mention de la concurrence des fontes américaines et ils disaient : L’Océan nous protège. L’Océan a cessé de les protéger ; ils ne rient plus et ils se plaignent dans toute l’Europe. Les lourds produits de la métallurgie, comme ceux de la quincaillerie américaine, ont fait leur apparition sur nos marchés ; il est peu de villages en France où le maréchal-ferrant ne déplore l’invasion des machines, des faux, fourches, pelles, râteaux américains. Comment en serait-il autrement quand le président de l’Iron and steel Institute nous révèle lui-même les conditions extraordinaires de la production aux Etats-Unis, tellement simplifiée, malgré la cherté de la main-d’œuvre, tellement économique, machinale qu’un seul fourneau donnera mille tonnes de