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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/404

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devait mettre le comble à l’admiration de l’étranger. J’ai parlé de ses dimensions extraordinaires. L’ordre corinthien y régnait, si ce n’est autour de la cella où l’on voyait aux angles un double pilastre ionique et deux colonnes ioniques appliquées par paires au milieu de ses petits côtés. Mais le péristyle était purement corinthien et offrait cette particularité que le feuillage des chapiteaux était en métal rapporté et certainement doré.

Les temples de Syrie étaient d’une extrême richesse. Lucien, dans son petit livre de la Déesse syrienne, décrit le sanctuaire d’Hiérapolis ou Bambyce, et nous donne ainsi l’idée de ce que pouvait être intérieurement celui de Palmyre. Il fournit sur ses dispositions et ses aménagemens des indications que M. Bertone se promet de mettre à profit dans sa restauration. Dans la cella figurait sans doute le trône d’or du Soleil, trône vide parce que le soleil est visible au ciel, et en même temps les statues de divinités que leurs images rendent toujours présentes. En ce lieu aussi devait être le trésor rempli d’objets précieux venus jusque de l’Inde qui fut pillé par les porte-enseigne d’Aurélien. En dehors, dans la cour sacrée, s’élevaient en foule les autels, les ex-voto, les monumens de consécration et de reconnaissance, dons des voyageurs et des pèlerins.

Quant à la décoration architectonique, elle devait être superbe. À Hiérapolis, l’or brillait de toutes parts ; il étincelait aux portes et aux voûtes. A Palmyre, les chapiteaux dorés demandaient des rappels d’or dans d’autres parties de l’ordonnance. Et si l’on songe que cette architecture était peinte, comme on en trouve partout la preuve, on peut imaginer que, sous la chaude lumière du jour, le temple dans son ensemble présentait un aspect magnifique. Le spectacle s’animait et s’enrichissait encore et la polychromie devenait vivante quand, sur la place qui s’étendait devant l’édifice, se pressait, avec les habitans, toute la population flottante que des causes diverses amenaient dans la ville : les Arabes drapés de laine blanche, les Perses coiffés de la tiare carrée et portant de larges pantalons flottans, les Mésopotamiens serrés dans de riches étoffes, les Syriens habillés de rouge, et les Grecs et les Romains… Mais c’est l’heure des dévotions officielles, et le spectacle devient splendide. La reine sort du palais et se rend au temple. Elle est vêtue de cette pourpre de l’Inde, à côté de laquelle la pourpre des empereurs est comme de la cendre. A l’ombre du parasol, elle traverse la foule agenouillée ; ses yeux brillent d’un feu