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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/402

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avait donné de ce goût des exemples prodigieux. L’Assyrie, avec ses palais et ses tours à étages, avait construit dans des dimensions surprenantes. Les Grecs firent cette concession aux Asiatiques d’abandonner les règles de mesure d’après lesquelles ils avaient fait des chefs-d’œuvre, pour élever des édifices immenses auxquels, à force d’art, ils étaient l’aspect du démesuré. Pour cela, au temps d’Alexandre, ils s’étaient servis des ordonnances corinthiennes, jusque-là peu employées chez eux. Ayant reconnu que c’étaient celles qui se prêtaient le mieux à être grandies, ils les avaient développées avec une sorte de passion. A vrai dire, l’idée de s’emparer des plus grands espaces possibles pour y faire régner l’ombre et la fraîcheur justifiait ces entreprises hardies de l’architecture sur une atmosphère en feu. Alors tout devait être dans des rapports formels et dans une harmonie sensible. Et en effet, si le temple du Soleil est colossal, les autres édifices sont également de proportions très grandes. Les colonnes du portique ont 12 mètres de hauteur. La double colonnade du théâtre a 20 mètres sous l’architrave. Le palais n’est pas de moindre importance. Rien de pareil à cet ensemble bouleversé. Mais ces hauts débris d’œuvres détruites, ces immenses ossatures n’attristent point le regard. L’ordre corinthien, employé presque uniquement à Palmyre, a empreint ce qui en reste d’une majestueuse élégance. Plus que les autres ordres, celui-ci emprunte à la nature. Avec ses chapiteaux décorés d’acanthe, avec ses entablemens ornés et qu’on dirait fleuris, il garde, dans la destruction, quelque chose de sa gracieuse origine. Sa végétation délicate ne se flétrit pas : il est toujours vivant. Ses formes nous sont si familières que nous les restaurons par la pensée.

Quoique de loin, on peut se figurer quelle était l’impression du voyageur en arrivant de Damas à Palmyre. Après avoir suivi le chemin bordé de riches tombeaux qui conduisait à la ville, après avoir laissé à sa gauche l’aqueduc et franchi la porte défendue par deux tours, il entrait aussitôt dans la voie des portiques. La circulation s’y faisait par une chaussée principale destinée aux cavaliers, aux caravanes, aux bêtes de bât et de trait et à leurs conducteurs, et par deux allées latérales réservées aux piétons. Dans son ensemble, elle était couverte : la lumière y arrivait par un ordre en attique qui, posé sur l’ordre inférieur, restait à jour. A l’endroit où la voie tournait pour se diriger sur l’arc de triomphe, s’élevait le grand tombeau avec ses cinq étages