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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/398

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voyageur. Ce qu’il on dit est conforme à ce qu’il a exprimé dans sa remarquable aquarelle.

Pour arriver à Palmyre, il faut descendre. On reprend le grand chemin bordé de tombeaux : il conduit à une porte flanquée de deux tours rondes. C’est la véritable entrée pour ceux qui viennent de Damas. Mais en la franchissant on serait dans une partie déserte et surtout encombrée de débris : grand embarras pour la marche ! On s’engage donc à droite le long de la muraille, et on en suit la paroi jusqu’à une large ouverture par où l’on débouche devant le temple du Soleil. C’est dans son enceinte que vit tout ce qui est aujourd’hui Palmyre, ses habitans et ce qu’ils possèdent. Le milieu est occupé par l’ancien sanctuaire du Dieu. A l’entour, dans le péribole enveloppé de murs énormes, est le village avec ses maisons très petites. Cet enclos est un refuge. Le soir, on y rentre comme dans l’arche : les hommes, les chameaux en nombre, les ânes et quelques chevaux. La volaille y fourmille. La nuit, on s’y enferme de crainte des Bédouins pillards.

Nos explorateurs, cependant, sont logés au dehors, à l’ombre et sous la protection de la maison du cheik. Celui-ci a grand air : c’est la majesté naturelle aux Orientaux, mêlée pourtant à quelque chose d’à peine sensible que porte avec soi un homme qui a beaucoup vu. Le cheik dont M. Bertone doit être l’hôte a couru le monde : il a fait séjour à Paris. Ici, il est maire, et maire important. Mais il ne commande pas seul : il y a un mudir, sorte de sous-préfet, et un commandant de la force armée composée de quatre soldats. Puis, il y a un autre cheik et un autre mudir pour les salines de l’Etat qui sont dans le voisinage. Ceux-ci disposent de dix soldats circassiens. Voilà bien des autorités. Cependant, après des tiraillemens inévitables, M. Bertone a vécu en parfaite intelligence avec elles, et il ne peut que s’en louer.

Je ne dirais rien de la petite habitation du voyageur si elle ne devait pas lui servir d’atelier en même temps que de logis. Il n’est pas indifférent de savoir dans quelles conditions le jeune artiste travaillait par une chaleur de 40 à 50 degrés ; il ne pouvait guère s’en défendre. Après être resté dans les ruines à partir de l’aube, vers huit ou neuf heures, il en était chassé par le soleil : il fallait rentrer. Mais, à l’ombre, la température ambiante le poursuivait. D’ailleurs, sa demeure était peu confortable. Elle occupait un terrain en forme de carré long ayant à l’une de ses extrémités deux chambres jumelles pour ses compagnons et à