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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/334

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d’inquiétudes, à supposer qu’elle en ait pu légitimement avoir ; et ce n’est plus en elle-même que l’affaire des Philippines mérite de retenir l’attention de l’étranger, mais par les incidens qu’elle a vus naître, qui jettent un singulier jour sur des mœurs politique qu’on se plaisait à croire bien améliorées, et d’où la rivalité féroce des partis n’a pas craint de vouloir faire sortir cette chose partout hasardeuse, désastreuse en Espagne, — un conflit constitutionnel.


V

Lorsqu’on se fut résolu, en octobre ou novembre 1896, à rappeler le maréchal Blanco, le bruit courut à Madrid qu’un dissentiment venait d’éclater, au sujet du choix de son successeur, entre la reine régente et le président du conseil. M. Canovas, disait-on, eût désiré nommer dès lors le général Primo de Rivera : la reine préférait et aurait imposé le chef de sa maison militaire, le général marquis de Polavieja. On ajoutait que Dona Marie-Christine avait exprimé en termes très nets et assez vifs la pensée de tout le monde, qu’aux Philippines comme à Cuba il était temps d’entrer dans la période d’action, de frapper un coup et d’en finir. Tel était bien, en effet, le sentiment public, et même il ne s’arrêtait pas là, prêtant aux généraux, pour ne pas bouger de leurs quartiers, — injuste sans doute comme il l’est souvent, — des raisons qui n’étaient pas d’absolu désintéressement. Mais que la reine eût pris sur elle de s’en faire l’interprète tout haut en plein conseil et « d’imposer » le général Polavieja, il y avait à cela bien des invraisemblances, dont la première était qu’elle s’y fût déterminée et la seconde que M. Canovas del Castillo l’eût accepté.

Vraies ou fausses, pourtant la presse entière commentait et amplifiait les paroles de la régente. Elle ne se faisait pas scrupule de mettre en opposition la reine et son premier ministre, et de cette opposition prétendue déduisait, ce qui était pour elle l’important, que le cabinet n’avait plus la confiance de la couronne. M. Canovas répondit par une note publiée dans le journal la Epoca, marquée de sa griffe, quoique, bien entendu, non signée, et dont le sens était : « Certaines feuilles osent placer dans la bouche de la reine régente une phrase qu’elle n’a pas prononcée et ne pouvait pas prononcer. Sa Majesté connaît trop ses devoirs