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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/254

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l’Allemagne. Puis, une nouvelle guerre s’ensuivant, elle en tirerait les moyens, sinon de reprendre la Belgique, au moins de recouvrer la Lombardie, de la réunir à Venise, d’y joindre les Légations et de dominer, par le prestige de ses armes, Rome et toute l’Italie délivrées des Français. Toutefois, si l’Europe ne se coalisait point, si l’Allemagne se laissait gagner, l’Autriche gardait son recours contre la France, et elle prétendait se faire payer plus cher pour compléter le traité de Campo-Formio qu’elle ne s’était fait payer pour le signer. Si la France voulait la rive gauche entière, elle devrait abandonner les Légations.

Le jeu des diplomates autrichiens serait donc de se poser en défenseurs de l’Empire, tout en traitant sous-main du démembrement de l’Empire, d’animer les Allemands contre la France et de négocier directement et secrètement avec la France la paix de l’Allemagne. Pour échapper plus longtemps aux questions indiscrètes, et aussi pour se ménager l’avantage de recevoir les visites au lieu de les faire, les impériaux avaient résolu d’arriver les derniers à Rastadt.

Le 17 novembre et les jours suivans, on vit venir les diplomates allemands, non seulement ceux qui faisaient partie de la députation, mais ceux qui représentaient les autres Etats auprès du congrès. Leur objet était de surveiller la députation, de la soutenir au besoin, plus souvent de l’embarrasser, d’observer, de calculer et surtout de chercher par des manœuvres secrètes, avec les Français et avec les Autrichiens, les occasions de prendre le plus en donnant le moins possible, et sinon de sauver l’honneur, au moins de le mettre aux enchères et d’en élever le prix. Ces Allemands, sournois et avides, n’avaient d’yeux que pour Bonaparte. Il leur apparaissait comme le seul meneur des affaires, le distributeur des hommes et des terres. Ils apportaient à le voir, à l’approcher, à l’entendre, la curiosité puérile et intéressée des cours. Frédéric ne les éblouissait pas davantage. Il les fascinait moins ; il leur paraissait moins grand, moins singulier, étant un d’entre eux ; puis ils le détestaient tout crûment, car ce roi de Prusse qui menaçait de les dépouiller, ne parlait jamais de partager avec eux ; enfin il les persiflait. Bonaparte, au contraire, arrivait, disait-on, les mains pleines, et il prenait partout les gens au sérieux.

Il se montra dans l’appareil d’un souverain guerrier, ne sortant qu’entouré d’un état-major chamarré et brodé. Il recevait les