Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/223

Cette page n’a pas encore été corrigée


Revue dramatique


Mme Eleonora Duse. — Au Gymnase, Rosine, comédie en quatre actes, de M. Alfred Capus.


Elle nous arrivait précédée d’une réputation européenne, sœur rivale de « la grande Sarah ». On ne nous avait pas trompés : Mme Eleonora Duse est une artiste dramatique tout à fait originale, et de premier rang. On nous avait dit aussi qu’elle était surtout une étonnante réaliste, qu’elle « vivait » ses rôles plus qu’elle ne les jouait, et que c’était par là qu’elle prenait le public aux entrailles. Et cela, sans doute, n’est pas non plus inexact. Mais, je ne sais pourquoi, je m’étais figuré, là-dessus, un jeu volontiers âpre et brutal, d’une spontanéité brusque et violente. Or, ce qu’il y a de plus incontestable chez Mme Duse, c’est, il me semble, un attrait singulier de grâce, de douceur et de tendresse. A cause de cela, sa recherche du vrai, le soin qu’elle a d’éviter l’apparence même de l’artifice, son réalisme très attentif et très sincère se tournent, quand même, en poésie. C’est un charme unique de femme très faite, très passionnée, meurtrie, maladive, neurasthénique, où survit pourtant une grâce jeune et ingénue, presque de petite fille, d’étrange petite fille.

J’ajoute que je n’ai pas encore vu Mme Duse dans la Femme de Claude, mais seulement dans la Dame aux Camélias, Magda, la Locandiera, et le Songe d’une matinée de printemps. Je dois confesser aussi que, si je puis lire l’italien, je ne suis pas capable, non plus (que les neuf cent quatre-vingt-dix-neuvièmes des Parisiens, de le saisir à l’audition, sinon par bribes ou, à tout mettre au mieux, par lambeaux.

C’est là une condition fâcheuse. Les meilleurs comédiens expriment