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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/206

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talent de M. Aman-Jean qui parvient difficilement à se dégager. Sa jeune dame, en vert, assise devant un lac, n’est pas exempte, dans les paraphes de son attitude et les maigreurs de son geste, de ce maniérisme exotique et déjà usé dont il serait plus juste de faire honneur ou reproche à certains préraphaélites anglais qu’à l’un de leurs patrons, souvent trahi, Sandro Botticelli. L’influence de ce maniérisme s’accuse plus encore dans la figure élégante et maladive de la Poésie et surtout, d’une manière bien fâcheuse, dans la nudité chétive et mal bâtie, autour de laquelle s’effilent également des cheveux, une jupe tombée, le plumage d’un paon, qui est censée représenter la Beauté. Il est évident que, pour tout un groupe de jeunes artistes, le mot et l’idée de beauté ont complètement perdu leur sens, puisqu’ils cherchent la Beauté dans les déformations, les appauvrissemens, les infirmités, trop fréquentes, hélas ! de la pauvre nature humaine au lieu de la voir dans sa jeunesse, sa santé, sa vigueur ou sa grâce.

Qu’il y ait eu, qu’il y ait encore peu ou beaucoup de maniérisme dans la façon dont MM. Besnard, Zorn, Boldini, Alexander, cambrent, contournent, étirent, tortillent leurs figures sous des éclairages ad hoc, factices ou bizarres, presque toujours exceptionnels, cela n’est pas niable ; mais tous ces artistes, les deux premiers surtout, qui connaissent mieux le jeu des lumières, sont de fort bons peintres, et leurs excentricités mêmes sont intéressantes. M. Besnard, cette année, est assez sage : il n’en vaut pas moins. Dans son grand Portrait de Mme L…, l’étrangeté du regard s’exagère plus que de raison peut-être, par l’effacement du modelé dans le visage, tandis que tout le bas du corps et les vêtemens sont à leur place et à leur force ; mais le Portrait de Mlle A… en robe bleuâtre et de Mme D… en robe rouge, toutes deux en buste, sont vraiment des modèles de peinture souple et libre, avec des-grâces charmantes de coloris, en même temps que d’expressions de physionomie précises et fines, telles qu’on en peut attendre de l’artiste, lorsqu’il ne s’amuse pas à dissimuler ses mérites de dessinateur. Une jeune femme, en robe blanche, décolletée, sur un fond blanchâtre, caressant un grand chien blanc, sous un jour fuyant, par M. Zorn, est une des virtuosités les plus savoureuses qui soient encore sorties de son atelier.

M. Dagnan-Bouveret vise moins, ou plutôt ne vise pas du tout à la première séduction. Ses trois portraits à mi-corps, qui sont excellens, n’attirent les yeux ni par l’éclat des couleurs, ni par la