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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 142.djvu/194

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n’avons vu personne au Salon qui, devant l’effort de ces trois hommes suspendus à la grande barre, ne se soit arrêté, non seulement surpris, mais sympathique et compatissant. L’effet eût été plus sûr encore si M. d’Houdain avait donné à sa pierre de plus fortes dimensions justifiant mieux sa résistance ; on craint trop qu’elle ne cède trop vite, et que les hommes ne tombent ; or, cette sensation, en sculpture, d’un mouvement violent qui va brusquement s’interrompre, émietter les masses et briser les lignes, est toujours une sensation pénible. Il sera facile au sculpteur, dans l’exécution définitive, d’accentuer cette force de résistance.

Les motifs, pour les figures isolées, se rencontrent plus aisément. On peut toujours signaler, dans cet ordre d’études, quelques morceaux intéressans, soit par une bonne observation de réalité, comme le Porteur d’eau africain de M. Guittet, soit par une certaine grandeur d’expression morale jointe à la vigueur ou à la beauté physique, comme la figure d’homme haletant, avec joie et reconnaissance, à la fin du jour, par M. Pendariès, le Diogène brisant son écuelle, un homme de lettres revenu des choses de ce monde, par M. Boisseau, le Job hirsute de M. Desruelles, cagneux, noueux, crasseux, plus qu’il ne convient peut-être à un ancien propriétaire ruiné par toutes sortes de fatalités, soit simplement par le charme d’une heureuse attitude ou d’un mouvement nouveau, comme la jolie Feuille d’Automne de M. Schmid, le Réveil de Flore de M. Chèvre, et particulièrement, la Bacchante à la chèvre de M. Soulès, l’Étoile filante de M. Charpentier, deux belles filles assez maniérées en leurs attitudes imprévues, mais d’une exécution libre et savoureuse. L’une des figures d’expression dont on gardera le meilleur souvenir est la Désespérance. L’auteur, M. Captier, qui, dans un projet de groupe la Fatalité, ne semble pas donner une forme bien nette à son rêve gigantesque, ici, dans cette simple étude, s’est souvenu, sans indignité, des nobles allures de Michel-Ange. C’est vraiment un beau morceau et conduit, dans toutes ses parties, avec une résolution forte et souple, que cette grande femme, nue, assise sur un siège mutilé, qui s’appuie, en se croisant douloureusement les mains, sur la tige d’une ancre dont les becs sont brisés. Rien d’excessif ni de violent dans l’attitude, le geste, la physionomie très moderne, mais largement interprétée, et, pourtant, d’un bout à l’autre une expression de douleur intense dans un corps puissant et mûr. Si nous mentionnons