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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/953

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 juin.

La situation intérieure, qui n’était pas très obscure il y a quinze jours, mais qu’on s’efforçait d’obscurcir, s’est subitement éclaircie. Nous avons dit que les radicaux et les socialistes cherchaient une occasion quelconque de livrer assaut au ministère, et qu’ils ne l’avaient pas encore rencontrée ; mais on finit toujours par en trouver une, quand on est d’ailleurs décidé à prendre la première venue. Il ne s’agissait, en somme, que de mesurer les forces respectives du gouvernement et de l’opposition au dynamomètre parlementaire : pour cela, tout prétexte était bon. Faute d’autre, on s’est servi de celui qu’on pouvait encore tirer de la malheureuse et obsédante catastrophe du Bazar de la Charité. M. Georges Berry avait adressé, à ce sujet, une question au gouvernement. Comment cette question précise, portant sur un fait déterminé, très émouvant à coup sûr, mais n’ayant que fort peu de rapport avec la politique générale, a-t-elle pu mettre cette politique en cause ? Mystère et parlementarisme ! C’est M. Delcassé qui s’est chargé d’opérer la métamorphose, en demandant de transformer la question de M. Berry en interpellation. Bien que la chose fût presque annoncée par avance, personne n’y croyait, tant elle paraissait peu vraisemblable, ou, si l’on préfère, peu logique. On ne s’attendait pas non plus à y voir mêlé M. Delcassé. M. Delcassé, qui est encore parmi les jeunes de la Chambre des députés, est déjà parmi ceux qui sont arrivés ; il a été, et non sans honneur, ministre des colonies ; mais il était arrivé par des voies très différentes de celles où il a paru vouloir s’engager l’autre jour. Il faisait partie de ce petit groupe d’hommes de talent qui, avec MM. Poincaré, Barthou, Deschanel et quelques autres, a tenu une place importante dans les derniers événemens parlementaires, et semble destiné à en occuper une plus considérable encore dans l’avenir. On l’a vu, dès le commencement de la législature actuelle, combattre avec énergie la politique de concentration républicaine, et demander la constitution de ministères plus homogènes, avec un programme