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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/727

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L’Académie française au XVIIe siècle


L’Académie française, à l’occasion du centenaire de l’Institut, a publié ce qui reste de ses vieux registres. C’est un vrai miracle qu’ils aient survécu à la tempête, qui, à la fin du siècle dernier, emporta toutes les sociétés littéraires et scientifiques de la France. A ce moment, l’Académie qui, depuis plus d’un an, sentait l’orage se former, s’était fort abandonnée elle-même et ne vivait qu’à moitié. Le 5 août 1793, elle se réunit au Louvre pour la dernière fois ; quatre membres seuls étaient présens : Ducis, La Harpe, Bréquigny et Morellet, qui remplissait à la fois les fonctions de directeur et de secrétaire. On devine ce que devaient se dire les derniers survivans d’une institution illustre, qui se sentaient suspects et ne se faisaient aucune illusion sur le sort réservé à leur compagnie. Trois jours après parut le décret de la Convention qui la supprimait, et les scellés furent posés sur les salles où Louis XIV l’avait établie et où elle siégeait depuis cent vingt ans. Mais, dans l’intervalle, Morellet avait emporté les huit volumes qui contenaient les délibérations de l’Académie et les listes de présence. Ce pieux larcin, comme il l’appelle, pouvait lui coûter la vie, si on l’avait découvert ; heureusement il fut ignoré, et Morellet put garder ce dépôt chez lui, sans que personne en sût rien. Il songea à le restituer après la première réorganisation de l’Institut, quand on y créa une classe qui correspondait assez exactement à l’Académie de Richelieu, et dont il faisait lui-même partie. Le 5 mars 1805, il était chargé de recevoir Lacretelle ; à la fin de son discours, il raconta ce qu’il avait fait onze ans auparavant et rendit solennellement les registres qu’il avait sauvés. « Je remets, dit-il, entre vos mains la chaîne qui