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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/714

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incertitude ; on prévoit trop l’imprévu et l’incohérence chétive de leurs mouvemens. On se fatigue de l’uniforme lâcheté de ces âmes inconsistantes et molles comme des méduses, et qui ont on ne sait quoi de glaireux et de clapotant. L’introduction d’un non-dégénéré vertueux, ou même d’un non-dégénéré méchant, d’un coquin énergique, aurait ce double avantage de nous reposer, et de nous faire mieux voir et juger, par le contraste, tout ce pâle vice en gélatine.

On a dit enfin que M. Michel Provins courait trop après les « mots » et que cela devenait agaçant. C’est vrai. Il faut considérer pourtant que les dégénérés font volontiers de l’esprit, et que c’est même, souvent, une de leurs marques. — Sa pièce est donc, en somme, digne d’estime. Et elle est très morale. En nous montrant surtout ce qu’il y a, dans une des formes les plus répandues du vice contemporain, de pleutrerie foncière sous des airs de prétention, — sans compter l’ennui incurable et l’impuissance de jouir du mal qu’on rêve plus encore qu’on ne le fait, — elle a ce grand mérite de faire paraître la vertu distinguée et désirable.

La pièce est fort bien jouée, premièrement par M. Candé, et aussi par Mmes Raffy et Syma, et par MM. Castelli, Jahan et Noguès.


JULES LEMAITRE.