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a vraiment pas moyen de ne pas s’en apercevoir. Que si, malgré tout, on ne s’en est pas aperçu, je n’y sais que dire, sinon que cela nous donne le niveau intellectuel du public, et que peut-être ce niveau indique à son tour celui de l’œuvre. Le quatrième acte de Frédégonde a réussi, mais par les mêmes raisons et de la même manière que le plus grossier mélodrame.

Or Frédégonde, acclamée par le comité de lecture (vous l’ai-je déjà dit ? ) et jouée sur notre premier « tréteau littéraire », ne se présentait évidemment ni comme un mélodrame du Château-d’Eau, ni comme une bouffonnerie faite exprès. Et c’est pourquoi, n’étant pas prévenu, j’ai résisté même à « la belle scène ». J’ai résisté pareillement au romantisme et aux touchantes incertitudes du beau capitaine qui aime Mérovée et promet de le tuer ; qui veut le tuer, et qui ne le tue pas ; qui veut ensuite tuer Frédégonde et qui ne la tue pas davantage, et qui se laisse benoîtement poignarder par elle : oscillations et faiblesses de pâle décadent mérovingien, qui nous eussent intéressés peut-être si Frédégonde les eût provoquées par des vers plus décisifs et d’un meilleur style. J’ai résisté au couplet de la reine sur la nuit et le clair de lune. J’ai même résisté à la grâce niaise de la jeune Néra. Bref, je crois bien que j’ai résisté à toute la pièce. Le seul personnage que j’ai failli goûter, c’est encore le roi Hilpéric, un peu roi de carreau et tyran d’opérette, qui dit si drôlement à sa femme :

Ah ! tu reconnaîtras
Que nous sommes de fiers et hardis scélérats,

et qui définit galamment Néra :

Un lis qui parlerait avec la voix des roses ;

mais rien ne nous empêche de croire que le vrai Hilpéric, barbare adonné aux femmes, et qui s’essayait gauchement aux élégances latines, ait été à peu près ce qu’on nous le montre ici.

Ce rôle est joué par M. Leloir avec un comique irrésistible. M. Paul Mounet est un Prétextat majestueux et sonore. M. Albert Lambert fils, dans le personnage fugitif de Mérovée, déploie une belle fougue et ne bredouille que peu. MIle Dudlay zézaie avec intelligence le rôle de l’ogresse de Neustrie, et M. Mounet-Sully prête à Lother ses héroïques éclats de voix, ses gestes de jeteur de lasso et ses reniflemens sublimes.


La comédie de M. Michel Provins, Dégénérés, a d’abord ceci pour