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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/707

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Frédégonde ayant eu l’imprudence de s’écrier : « Mérovée est à moi ! » le saint évêque trouve soudain la réplique indiquée :

Mais toi, monstre infernal,
Tu m’appartiens !

et, saisissant un chandelier d’or sur l’autel, il rugit ces vers, qui ne sont pas les pires du drame, qui vous donneront quelque idée du style de M. Dubout et qui me dispenseront de le qualifier moi-même :

Le vieux sang des Gaulois bouillonne dans mes veines !
Le prêtre est mort ! Je viens d’entendre au fond des bois
Sous les chênes sacrés s’élever une voix !
Et cette voix dit : Tue !… Et je te jette à terre !
Et je tords ton poignet ! En choisissant la pierre
Où de ton corps le sang va fuir avec horreur,
Sur ton front je me dresse en sacrificateur !
Meurs, sans avoir le temps de l’oraison dernière !

Et il va frapper, quand le chant du Miserere, « montant doucement dans le fond de l’église », lui fait choir le chandelier des mains, cependant que Frédégonde s’esquive en rampant. Et le public, qui n’a cessé durant toute cette scène de donner des signes d’une angoisse ingénue, éclate en furieux applaudissemens ; et quelques (connaisseurs prononcent : « Ça, au moins, c’est du théâtre ! »

C’est peut-être « du théâtre » ; mais, si je n’étais obligé ici à quelque dignité de langage, j’oserais dire que c’est du fichu théâtre. Car c’est du théâtre hors de toute vérité, ce qui ne se supporte que dans le vaudeville, et encore ! Je veux bien que Frédégonde, chrétienne peu éclairée, ait conçu cette ruse grossière et en ait espéré le succès. Mais que Prétextat se range sans hésiter à cette casuistique de sauvage, nous ne le pourrions admettre que si ce saint évêque nous avait été présenté comme un homme d’une intelligence affaiblie par les années et touché, comme dit l’autre, « du vent de l’imbécillité. »

Dois-je démontrer l’évidence ? C’est une nécessité humiliante, mais à laquelle on est souvent exposé en ce monde.

Pour que le prêtre soit tenu par le secret de la confession, il faut qu’il y ait eu, en effet, confession sacramentelle, et ce n’est pas ici le cas. La confession implique, par définition même, certaines dispositions d’esprit chez le pénitent : il faut qu’il ait, avec le désir formel de l’absolution, un commencement de repentir des péchés qu’il avoue et l’intention, au moins momentanée, de ne plus pécher.