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allégoriques. Mais combien tout cela est mince, indécis, conventionnel, dépourvu d’un sentiment jeune et personnel de vie ou de beauté ! Il y a plus d’effort vers une exécution plus franche et plus complète chez quelques peintres de légendes, religieuses ou mythologiques, notamment chez M. de Richemont, Autour du berceau (un ange berçant l’enfant pendant le sommeil de sa mère), M. Berges (Saint Georges vainqueur), M. Etcheverry (Naissance de Pégase), le premier plus sensible et aussi plus naturaliste, les autres plus coloristes ; chez M. Godeby (Adoration des Bergers), chez M. Maxence (Chanteuses), chez M. Paul-Albert Laurens (Glaukè et Thaleia), chez M. Desvallières (Le Soir), etc. Plusieurs de ces artistes sont des élèves de M. Gustave Moreau ou tout au moins des admirateurs et imitateurs de ce talent noble et précieux. On ne saurait que les féliciter d’apprendre chez un maître d’une si merveilleuse imagination et d’un enthousiasme si ouvert le mépris du trompe-l’œil banal et le goût des raretés savoureuses. Il ne faudrait point cependant que cette intelligence avisée des maîtres primitifs et exceptionnels, que cette légitime horreur des réalités grossières dégénérât chez eux en un dilettantisme inquiet qui les détournât longtemps de la seule fidèle et seule nécessaire inspiratrice, de la nature, pour les livrer en proie à la passion stérile d’une incessante curiosité.

L’exemple de M. Desvallières, un artiste si bien doué, qui abandonnant les solides et sérieuses études par lesquelles il débuta, pour amonceler dans son Annonciation, d’un échantillonnage si amusant, mais d’une conception si factice, toutes sortes de naïvetés des vieux maîtres qui se transforment, chez un moderne, en conventions insupportables, a de quoi faire réfléchir. Plus avisés sont ceux qui, comme M. Béronneau (Dans l’atelier) et M. Morisset (l’Aqua-fortiste) appliquent leur délicatesse de vision et leur habileté de touche (à des études de lumière dans un milieu contemporain. M. Sabaté, dont les débuts, dans le portrait, avaient été si fort remarqués l’année dernière, en appliquant les principes de son atelier à l’étude de l’architecture, dans l’Intérieur de Saint-Germain-des-Prés, a peint un excellent tableau, d’une chaude et forte harmonie, d’une impression exacte et grave. Bien que M. Thaner soit élève de MM. Robert-Fleury et Bouguereau, c’est aussi du côté de M. Gustave Moreau et surtout de Rembrandt qu’il regarde. La Résurrection de Lazare, d’une composition presque nouvelle, très réfléchie et bien condensée,