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d’une versatilité stérile ou d’ambitions disproportionnées. Nous regrettons, cette année, de ne point trouver ici quelques-uns des meilleurs d’entre eux, MM. Cormon, Luc-Olivier-Merson, François Flameng, Morot, Maignan, par exemple, mais nous nous consolerons de ces absences momentanées avec MM. Fantin-Latour, Jules Lefebvre, Jean-Paul Laurens, Benjamin-Constant, Humbert et quelques autres.

Avec quelle modestie discrète et quelle patience convaincue, depuis ses débuts, si admirés des connaisseurs aux Salons de 1864 (Hommage à Delacroix) et de 1865 (le Toast), M. Fantin-Latour, l’un des premiers rénovateurs, avec Feyen-Perrin, du portrait collectif ou tableau de corporations, n’a-t-il pas poursuivi à la fois, dans la plus digne retraite, ses études de praticien érudit et raffiné et ses rêveries de lettré et de musicien ! C’est avec un art charmant qu’il mêle, dans ses petites fantaisies décoratives, les réminiscences de Corrège, de Prudhon, des Vénitiens, se montrant là dilettante aussi délicat qu’il reste dans ses portraits interprète honnête et scrupuleux de la réalité. Sa facture très particulière, piquée, hachée, pointillée, dont l’imitation, surtout en de grandes toiles, est si dangereuse, est maniée par lui avec une habileté extrême dans son Heure de Nuit, une petite figure allégorique et classique, très finement rajeunie. C’est aussi par des analyses heureuses de la lumière attendrie autour des formes vivantes, nues ou drapées, dont elles caressent et révèlent la grâce ou la beauté que se distinguent une étude de dame, en robe de chambre, assise, Auprès du feu, par M. Tony Robert-Fleury, et une étude de jeune femme se promenant dans un bois, Intimité, par M. Raphaël Collin, ainsi que sa petite Biblis. Le talent de ces deux artistes, en se condensant dans de moindres toiles, s’est assoupli chez le premier et raffermi chez le second. Auprès d’eux, M. Dantan, qui fut l’un des premiers à faire jouer, avec charme, la lumière franche et crue du plein jour dans la blancheur des murs, des marbres, des étoffes, des chairs, et en faire sortir mille accords subtils et inattendus, continue sur ce point, avec la même virtuosité, ses études ingénieuses dans ses Intérieurs d’atelier dont l’un est celui du sculpteur Aube. Toutefois, c’est à la section des pastels qu’on peut le mieux apprécier le développement de son talent en deux excellens morceaux, le Déjeuner et le Portrait de Mme E. . C

Ce n’est point par ces harmonies indécises ou subtiles de la