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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/665

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Delacroix, deux esprits exclusifs, deux praticiens passionnés et consommés, l’un dans la recherche de l’expression linéaire, l’autre dans la science de l’expression colorée, semblaient, presque seuls, être restés debout dans ce grand désarroi. C’est donc autour d’eux, comme autour des sauveurs, qu’on s’efforçait d’apprendre le métier nécessaire, de s’assurer, avant tout, ces outils indispensables, le dessin exact ou la belle couleur et, autant que possible, les deux à la fois.

Beaucoup de ceux qui s’affirmèrent ou qui débutèrent de 1857 à 1884 ont disparu prématurément et, parmi eux, des maîtres tels que Paul Baudry, Benouville, Cabanel, Delaunay, Fromentin, Millet, Courbet, Daubigny, Chintreuil. Les survivans, pourtant, sont nombreux encore. Sans parler de MM. Puvis de Chavannes et James Tissot que nous retrouverons ailleurs et de M. Gustave Moreau qui se dérobe, ce sont ici, avec les deux doyens du paysage et de l’histoire, M. Français, né en 1814, et M. Hébert, né en 1817, leurs suivans immédiats, MM. Harpignies (1819), Gérome (1824), Bouguereau (1825), Jules Breton (1827), Henner et Paul Dubois (1829), Bonnat et Vollon (1833). En donnant, par rang d’âge, la liste de ces vétérans, nous dressons presque aussi la liste des peintres qui, à quarante ans d’intervalle, attirent encore, le plus, au Salon de 1897, l’attention publique, comme ils l’attiraient dans leur jeunesse aux Salons de 1857 et des années suivantes. Ce n’est pas, en tout cas, chez eux que les yeux sont affligés par les plus fâcheuses apparences de pénibles caducités ou d’impuissances prétentieuses. Glorieuse et légitime récompense de la conviction réfléchie et soutenue, de la conscience tranquille et scrupuleuse avec laquelle toute cette génération a loyalement accompli sa tâche, et démontré par l’exemple, à celles qui la suivent, ce que valent, en définitive, pour le développement du talent et l’affirmation de la personnalité, dans les arts comme ailleurs, le respect du passé, l’amour de la vérité, la méthode dans l’étude, la suite dans la volonté.

En 1857 et 1859, M. Hébert, déjà célèbre depuis la Malaria, exposait les Fiénarolles de San Angelo, Rosa Nera à la Fontaine, et les Cervarolles, avec plusieurs portraits, dans lesquels sa sensibilité poétique, devant les êtres vivans, se revotait d’une enveloppe déjà plus colorée et plus souple. Depuis cette époque, M. Hébert n’a cessé d’apporter une passion de peintre, de plus en plus délicate et consciencieuse, dans l’exécution de tous les morceaux, petits