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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/663

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Dès l’ouverture des Salons de 1857 et de 1859, succédant, au Palais, à l’Exposition universelle de 1875, les artistes et les critiques clairvoyans pressentirent, en partie, les conséquences futures de ce nouveau régime, les excès divers d’une production plus hâtive et moins désintéressée, l’abandon et le mépris des traditions scolaires, l’exaltation et l’émiettement de l’individualisme, le désarroi du goût et l’instabilité des jugemens. A toutes ces causes d’une anarchie sans précédens, mais aussi d’une activité extraordinaire, dans le travail des peintres, sont venues depuis s’y joindre quelques autres. Le contact plus régulier avec les écoles étrangères, la multiplication des sensations incohérentes, résultant de la facilité des déplacemens par les chemins de fer et de l’abondance des reproductions par la photographie, n’ont pas moins contribué à augmenter la diversité désordonnée de tendances et de recherches dans laquelle se débattent actuellement les artistes. Les Salons de 1897 où s’accentue, plus encore qu’en 1896, un effort très marqué, chez beaucoup de jeunes hommes, au Champ-de-Mars comme aux Champs-Elysées, pour se ressaisir et pour reprendre pied sur le terrain solide des traditions éprouvées et de l’observation naturaliste, vont nous montrer d’ailleurs qu’avant eux les seuls artistes ayant traversé, sans encombre, cette période confuse, sont précisément ceux dont l’esprit a été constamment dirigé par les mêmes principes. Jamais il n’a été plus nécessaire aux peintres de se rappeler le vieil adage : Ars longa, vita brevis ; jamais non plus il ne leur a été plus difficile de l’appliquer, car jamais la vie n’a été plus raccourcie et plus encombrée par des tentations, des obligations, des conventions de toute sorte qui dispersent et qui usent l’âme de l’artiste ; jamais non plus il ne leur a été plus difficile de se mettre en pleine possession de leur métier, de ce métier si admirable mais si compliqué, qu’ils apprennent, en général, trop hâtivement et trop tard, et dont l’étude est troublée, chez beaucoup d’entre eux, par des préoccupations excessives du procédé à la mode et des apparentes nouveautés.


I

Les jeunes peintres qui, en cette pénible fin de siècle, projettent, comme c’est leur devoir, d’accomplir à leur tour quelque entreprise glorieuse et nouvelle, auraient tort de s’imaginer