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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/657

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cérébrale, quand elle ne se calme pas dans le mariage, ne s’applique pas à l’amour, ou ne s’emploie pas dans la religion ? D’autres, il est vrai, ne voient pas la femme-professeur tomber dans le dilettantisme, et redoutent pour elle, au contraire, une sorte d’atrophie, de dessèchement d’âme et d’esprit. Ce qui les épouvante, c’est l’espèce de savoir mécanique et impersonnel, d’intelligence morte, d’enseignement sans vibration, de métier momifiant, auquel menace d’aboutir, chez la femme universitaire, une instruction qui tue souvent en elle toute vie et toute nature. Et les femmes arrivées au professorat, ou aux grades qui en sont la limite, ne semblent pas toujours elles-mêmes satisfaites ! Elles n’ont pas ce qu’elles auraient voulu avoir, et ne sont pas où elles pensaient être. Elles ont fait un effort énorme, épuisé en quelques années leur matière vibrante, et retombent, pour prix de tout cela, dans les antichambres des ministres, des recteurs et des députés. Sans place avec tous leurs diplômes, sans foi religieuse pour se résigner à leur sort, ayant peur de déplaire, peur de trop plaire, ennuyées quelquefois d’être jolies quand elles le sont, plus souvent ennuyées de ne pas l’être quand elles ne le sont pas, elles passent leur existence à solliciter, éternelles chercheuses d’apostilles et de protections, et ressassent, pour se guider et tromper leur détresse, les histoires d’intrigues administratives, de persécutions polies, de vilenies mijotées, qui courent dans leur monde pharisaïque. Le maire, dans cette ville, est un homme terrible ; l’inspecteur, dans une autre, est un Domitien d’Académie ; et la directrice, dans une troisième, entend faire entretenir sa batterie de cuisine sur le budget du cabinet de physique. Mécontentement, doute, angoisse, voilà donc les notes dominantes. L’administration est inquiète, les administrées inquiètes, et la clé de cette inquiétude est celle de l’anxiété qui tourmente et torture aujourd’hui tous les mondes : affolement du sentiment personnel par l’exaspération des idées démocratiques ; et perte de l’ancien bon sens chrétien, si chimérique en apparence, et qui était, au fond, si pratique !

Nous avons tous aperçu, dans une antichambre de ministère, de journal ou d’académie, une pauvre fille étrange et mal mise, qui attendait sur une banquette. Fille d’ouvriers, et très intelligente, elle était toujours la première à l’école, et ses parens rêvaient le brevet pour elle. Elle a même eu le brevet supérieur, mais son exaltation, alors, ne s’est plus contenue. Elle s’est vue licenciée, directrice de lycée, avec la rosette d’officier d’instruction publique