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propre, sombre et ciré, où le buste de la « Marianne », coiffé du bonnet connu, tient compagnie à la figure attristée de M. Carnot. L’école des Batignolles compte environ quatre-vingts pensionnaires, les admet au concours, en reçoit trente tous les ans, et en propose trente aux postes vacans. L’éternelle question revient encore ici : les trente élèves sortantes sont-elles toujours sûres d’être pourvues ? Non, et pas plus qu’ailleurs ! Le département de la Seine n’a-t-il donc pas, chaque année, trente places libres ? Il en a une soixantaine ! Comment, dès lors, l’élève des Batignolles peut-elle quelquefois rester en détresse, et comment n’obtient-elle assez souvent que des places d’adjointes dans les écoles maternelles ? Etait-il bien nécessaire de subir le concours d’entrée, d’obtenir le certificat de sortie, pour aboutir à une place où le brevet élémentaire seul est exigible, et surtout pour ne pas même y arriver ? Qui donc nomme à ces places, et à qui les donne-t-on ?

L’esprit de l’école, cependant, ne doit pas être pour déplaire aux politiciens du département, et l’on y sent, à certains signes, une atmosphère particulièrement civique. Fontenay est déjà plus « laïque » que Sèvres, mais Batignolles est encore plus « laïque » que Fontenay. Ce n’est plus ici la République modérée, avec ses attributs champêtres, mais la République révolutionnaire, avec sa cocarde et son bonnet ; et son buste, de loin en loin, montre sa silhouette dans les salles, comme pour recommander la maison aux conseillers généraux ou municipaux, et bien insister sur la nuance de l’établissement. Laïque ! Tout vous crie qu’il l’est à fond, dans ses pierres, dans ses murs, et qu’il n’y existe pas un moellon qui ne le soit pas. Et cette impression laïque s’accentue peut-être encore au dortoir ! Vous n’apercevez pas un seul emblème, une seule image, un seul signe, d’une religion, d’une faiblesse, d’un souvenir, d’un enfantillage, d’une superstition quelconque, dans une seule des cinquante ou soixante alcôves où toutes les jeunes filles ont chacune comme une petite chambre. Est-ce le règlement qui s’effaroucherait du plus léger indice religieux ou sentimental ? Est-ce la peur de déplaire aux autorités par un bout de buis ? Ces demoiselles seraient-elles déjà arrivées d’elles-mêmes, et tout naturellement, au parfait matérialisme ? On ne sait pas ! Mais c’est nu, froid, vide, comme le néant lui-même, et tout est seulement très propre, très net, très ciré, très bien frotté. On éprouve même comme une sensation de couvent, en même temps que de négation. C’est le même aspect de régularité tyrannique, de symétrie glaciale, de minutie réfrigérante.