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des courans qui a donné naissance à ces relations ; mais, de quelque manière qu’elles se soient établies, elles se sont régularisées pendant l’âge suivant, auquel répondent les cimetières du Pleramyrion, de Pozzo Cantano, de Molinello près Augusta, de la presqu’île de Thapsos. C’est la période que M. Orsi appelle cneolitica ; on y fabrique, on y emploie encore des instrumens de pierre ; mais on a recours au bronze pour suppléer à l’insuffisance de cet outillage. Le bronze ne peut venir que du dehors ; la Sicile n’a ni mines d’étain ni mines de cuivre. Quand se présentait le marchand qui apportait ce métal, il n’était sacrifice que l’on ne dût faire, chez ces peuplades, pour s’en assurer la possession, tant celle-ci conférait d’avantages et de privilèges. On avait pu tailler dans le calcaire, avec la hache de basalte, les tombes étroites et basses des plus anciennes nécropoles ; mais, comme M. Orsi s’en est convaincu en tentant lui-même l’expérience, ces instrumens, au cours de ce travail, s’émoussaient très vite ; ce n’était pas sans en user beaucoup que, par un lent effort, on donnait à la chambre la profondeur voulue. Seul, l’emploi du pic d’airain a permis de creuser dans le roc les hypogées beaucoup plus spacieux de l’âge suivant, avec leurs multiples caveaux. En face d’ennemis qui n’avaient pour armes que des couteaux et des haches de pierre, comme on se sentait fort quand on tenait en main une de ces épées ou de ces dagues de bronze, dont plusieurs exemplaires ont été retrouvés dans ces sépultures ! De même, pour le vêtement et la toilette, quelles facilités ne devait-on pas à ce précieux métal ! Les épingles en os sont remplacées par ces grandes agrafes que les archéologues appellent fibules ; des anneaux de bronze ornent les chevilles et les poignets ; on se fait des colliers avec des perles de bronze ; des spirales de bronze servent à partager et à retenir les mèches des longues chevelures.

On a donc retiré de ces cimetières beaucoup de bronze ; mais celui-ci y aurait été recueilli en bien plus grande quantité, si ce n’avait pas été là ce que recherchaient surtout les pillards qui, depuis l’antiquité, n’ont pas cessé d’exploiter ces tombes. Le plus souvent, ils ont dédaigné et laissé en place les vases de terre ; mais ils n’ont jamais négligé d’emporter jusqu’au moindre morceau de métal. C’est ainsi que l’on s’explique qu’il n’ait guère été découvert qu’un seul échantillon des vases en bronze qui ont dû être importés avec les glaives, les haches et les fibules. La céramique offre des formes qui paraissent avoir été copiées sur