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en détacher le cuir chevelu et à nettoyer la boîte osseuse ? Ou bien s’attachait-on à fournir au mort, pour qu’il en usât encore dans la nuit du tombeau, l’instrument avec lequel, pendant que le soleil l’éclairait, il avait exécuté les travaux les plus variés ? Ce qui ferait pencher vers cette dernière hypothèse, c’est que nous retrouvons là tout l’appareil du repas servi au mort pour l’aider à conserver dans le sépulcre un reste de vie ; cette conception naïvement réaliste, nous avons eu déjà l’occasion de l’étudier, avec les rites qu’elle suggérait, dans les plus vieilles croyances de la nation grecque [1]. Près de la porte ou au milieu de la chambre se dressent deux ou trois vases de grande dimension, dont la forme est tantôt celle du cratère et tantôt celle d’un large calice. Il est probable que, lorsqu’on inaugurait la tombe et toutes les fois qu’on la rouvrait pour y introduire un nouvel hôte, on remplissait d’eau l’un de ces vases et que l’on déposait dans un autre des alimens solides. Dans plusieurs de ces bassins, il a été trouvé, réduits en menus fragmens, des os de divers animaux. Autour de ces récipiens qui contenaient les provisions, sont rangés, comme à portée de la main des morts, des gobelets à une ou deux anses et des écuelles. Armés du couteau de pierre et quelquefois d’une épée ou d’un poignard de bronze, bien pourvus de vaisselle, les habitans du caveau ne manquaient de rien. On n’avait même pas omis de faire leur toilette et de les couvrir d’ornemens. C’est à leur cou, à leurs poignets, à leurs chevilles que devaient être attachés les cailloux forés, cailloux blancs, jaunes et noirs, les perles d’une résine qui ressemble à l’ambre, les coquillages, et, dans certaines sépultures d’âge moyen, les anneaux de bronze. Toutes ces pièces, qui se rencontrent mêlées aux ossemens, formaient des pendans d’oreilles et peut-être de nez, des colliers, des bracelets, des bagues passées au doigt ; nous reconnaissons là les élémens de ces rustiques parures pour lesquelles tous les peuples à demi sauvages ont un goût si marqué.

L’arrangement n’est plus le même dans les deux ou trois cimetières que l’on est en droit de regarder comme les plus récens, parce que le métal y abonde et que les objets importés, tels que vases grecs et verroteries phéniciennes, accusent une époque moins reculée. Que les tombes en question soient contemporaines des premiers établissemens fondés en Sicile par les colons

  1. Voyez la Religion de la mort et les Rites funéraires en Grèce. Inhumation et incinération, dans la Revue du 1er novembre 1895.