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chrétien et celui du moyen âge. C’est ainsi que, dans une des galeries des catacombes de Saint-Jean, il a dégagé le sarcophage du Ve siècle où est inscrit le nom de Valerius. C’est un des ouvrages les plus remarquables que la sculpture ait produits à cette époque.

Cependant l’œuvre préférée de M. Orsi, à laquelle il revenait toujours, avec la même ardeur obstinée, dans les intervalles des entreprises que nous avons rappelées, c’était l’exhumation des restes de la population primitive ; il a tâté ou exploré à fond une trentaine de nécropoles sikèles. Toutes ces fouilles, quel qu’en fût l’objet, il lui fallait les exécuter à peu de frais, avec des allocations annuelles de 3 000 à 4 000 francs. Voulant beaucoup faire avec des moyens si limités, il avait à s’ingénier, à négocier pour obtenir que les propriétaires lui livrassent gratuitement les terrains ; il les payait par une inscription honorifique apposée, dans le musée, sur les monumens découverts chez eux. Dans ces conditions mêmes, il était encore tenu à une stricte économie. La plupart des sites où il fouillait étaient des endroits déserts, qui se trouvaient souvent à une grande distance des lieux habités ; le pays n’était pas sûr. Quand il s’établit à Pantalica, dans le Crimite, à plus de 400 mètres d’élévation, il avait demandé un peloton de soldats, comme garde ; on ne pouvait lui en fournir ; mais on lui offrit des carabiniers ou gendarmes. Il aurait eu à les payer cinq francs par jour et par homme ; il recula devant cette dépense et partit avec ses seuls ouvriers. Il en a qui se sont formés sur ses chantiers et qui le suivent partout. Il les paye deux francs cinquante, tandis que les ouvriers de la campagne ne gagnent guère qu’un franc ; il les soigne quand ils sont malades ; ces hommes lui sont attachés et le défendraient de leur mieux, en cas d’attaque. Jusqu’à présent, il n’a eu aucun assaut à repousser ; mais ces expéditions ne vont pas sans de grandes fatigues. A Pantalica, M. Orsi a passé vingt jours campé dans une étable, sans se déshabiller. La chère était pauvre ; il fallait aller chercher les vivres très loin ; on vivait de pain dur, frotté d’ail ou d’oignon, avec un peu de jambon cru.

Ces expéditions, par bonheur, n’offraient pas toutes des difficultés aussi sérieuses ; d’autres nécropoles étaient d’un accès plus facile. C’est le cas de la seule que nous ayons eu le loisir de visiter avec M. Orsi, pendant notre séjour en Sicile. Elle est situé à Pozzo Cantano, vers le sud-ouest et à six kilomètres de Syracuse. Nous avons fait, pour y arriver, une promenade délicieuse. Après avoir