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à Syracuse, qui avait été partie dans la cession. Ce coup frappé, il marcha vers l’ouest, et mit le siège devant une forteresse des Agrigentins, Motyon. Effrayés par la brusque hardiesse de ces attaques, les Syracusains envoyèrent un corps de troupes au secours d’Agrigente ; mais l’armée grecque fut battue et, quelques mois après, Motyon succombait.

Exaspérés par leur défaite, les Syracusains avaient condamné à mort, comme traître, leur général malheureux. Au printemps de 451, ils entrèrent en campagne, eux et leurs alliés, avec des forces plus considérables. La rencontre eut lieu à Nomai ; la mêlée fut chaude ; mais la victoire resta aux Grecs. Beaucoup de Sikèles tombèrent sur le champ de bataille ; la plupart des survivans, découragés, abandonnèrent leurs chefs. Motyon fut repris par les Agrigentins. L’armée combinée était maîtresse du pays ; Doukétios n’avait plus à lui opposer qu’une poignée d’hommes, dont la fidélité même n’était rien moins que sûre ; sa position paraissait désespérée. Il prit alors un parti qui témoigne de son coup d’œil et de sa décision. Fuyant la poursuite de l’ennemi, il se trouvait dans la montagne, non loin de Syracuse. Il quitte ses compagnons ; il monte à cheval ; il court toute la nuit ; à la faveur de l’ombre, il pénètre, sans avoir été aperçu, dans la ville ennemie, et le matin, quand les citoyens commencent à descendre sur la place du marché, ils y trouvent Doukétios seul, embrassant l’autel de Zeus protecteur des supplians ; ils l’entendent crier à haute voix qu’il est venu se livrer aux Syracusains et leur livrer avec lui la terre des Sikèles.

La nouvelle se répand aussitôt dans toute la ville ; les magistrats convoquent l’assemblée pour qu’elle décide du sort de l’ennemi vaincu. Divers avis sont ouverts. Les uns conseillaient de mettre à mort l’insolent qui avait médité la ruine de tous les Grecs et fait trembler Syracuse. D’autres, les orateurs les plus estimés et les plus âgés, insistaient pour qu’on lui laissât la vie ; on avait à considérer, disaient-ils, non quel traitement Doukétios avait mérité, mais ce qui ferait le plus d’honneur à la cité, comment elle remplirait le mieux son devoir envers les dieux auxquels le fugitif s’était confié. Le parti de la générosité l’emporta. Les acclamations de la foule assurèrent à Doukétios la vie sauve ; mais on ne pouvait lui permettre de rester en Sicile ; on l’embarqua pour Corinthe, où l’on pourvut largement à sa subsistance.