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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/591

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Vatican. Le Pape le tire de tout embarras en prenant lui-même la parole dès le début de l’entretien, et lui expose ses vues ; après quoi Sa Sainteté conclut : « Et maintenant, Monseigneur, qu’est-ce que vous nous apportez ? » Le Prince dut bien avouer qu’il n’apportait rien, par la des concessions qui avaient déjà été faites, particulièrement de la grâce accordée aux évêques de Limbourg et de Munster, ce que Léon XIII reconnut volontiers. Dans le courant de la conversation, il laissa échapper ce mot : « Le grand malheur est que le prince de Bismarck nous déteste ! » La visite n’eut ainsi aucune influence favorable à une solution du conflit. Lorsqu’il reçut du Prince impérial des détails sur sa visite au Vatican, le chancelier répliqua par un exposé détaillé où se trouvaient simplement reproduites toutes ses anciennes erreurs sur le Culturkampf, exprimant l’opinion qu’une paix officielle entre l’Etat et l’Eglise était impossible ; qu’il fallait tenir les prêtres dans la dépendance de l’Etat pour les traiter, au besoin, durement ou avec bienveillance ; que par conséquent il y avait intérêt à conserver les armes qu’on pouvait trouver dans les lois de Mai. Le Prince impérial déplorait avec ses intimes de semblables idées, estimant d’ailleurs impossible de discuter des affaires de cet ordre avec le prince de Bismarck, qui ne connaissait pas l’Eglise catholique et n’était jamais venu à Rome.

Le principal objectif du chancelier était de séparer les électeurs catholiques des députés du Centre. M. Windthorst, au contraire, estimait que les électeurs reprochaient à leurs mandataires leur tiédeur et leurs intelligences avec les conservateurs du Landtag, ce qui n’avait en rien profité à la solution du conflit. En présence de ces dispositions, le Centre, dans sa grande majorité, ne croyait pas pouvoir voter le renouvellement de la loi contre les socialistes et comptait demander la suppression de l’état de siège, en accordant seulement la continuation des pouvoirs exceptionnels sur la presse et les réunions. Il n’y avait donc rien à faire, le ministre des cultes, qui n’était que le porte-voix du chancelier, se montrant très raide, tandis que le Centre était naturellement plus hostile que jamais.


VI

En fait, les négociations, qui avaient été assez actives pendant l’année 1883, demeurèrent comme suspendues en 1884. M. de Schlœzer se faisait assez rare au Vatican ; son attitude très réservée