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précèdent qui ouvrirait désormais les portes de Rome à tous les princes et souverains qui auraient envie de visiter le Pape après avoir rendu hommage au roi d’Italie.

Repoussant une pareille argumentation, le cardinal Jacobini signala au contraire aux nonces, dès le surlendemain 22 décembre, la fermeté du Pape à maintenir ses droits temporels, en même temps que les embarras de toute sorte auxquels avait donné lieu la visite en question ; les délicates attentions observées par le Prince pour s’approcher du Vatican, ajoutait le secrétaire d’Etat, montrent jusqu’à l’évidence que toutes les réserves, toutes les séparations subsistent.

Que si le Saint-Père a cru devoir recevoir un hôte du Quirinal, il ne faut pas perdre de vue que cet hôte appartenait à la religion protestante et que, pour cette raison, le Saint-Père ne pouvait exiger de lui en toute justice ce qu’il est en droit de demander à un prince catholique auquel incombent les devoirs de respect filial. Le voyage du Prince impérial prouve d’une manière empirique, mais incontestable, que la venue à Rome d’augustes personnages est en quelque sorte la sanction solennelle de la destruction du principat civil du Saint-Siège, qui ne peut être approuvée par un catholique sans faute grave ni offense envers le Souverain Pontife. Par conséquent, c’est à bon droit que le Saint-Père persiste dans sa détermination inébranlable de ne pas admettre en sa présence des princes catholiques qui accepteraient l’hospitalité du Quirinal, non plus que les souverains catholiques qui viendraient à Rome pour rendre hommage au roi d’Italie.

Afin de dissiper toute équivoque et de prévenir les conséquences fâcheuses qui auraient pu en résulter, les nonces étaient invités à faire connaître autour d’eux ces déterminations du Saint-Père. — En réalité, du reste, la visite du futur empereur au Vatican ne devait pas avoir les conséquences dont on s’était plu à s’entretenir dans l’entourage de Léon XIII. Voici comment l’événement s’était produit.

La veille de son départ de Madrid, le Prince avait reçu un télégramme de son père, portant que le prince de Bismarck conseillait comme un devoir de politesse de faire une visite au roi d’Italie avant de rentrer en Allemagne. Il fit savoir qu’il était prêt et demanda si, à cette occasion, il devait rendre aussi visite au Pape. L’Empereur répond affirmativement en ajoutant que le Prince trouvera des instructions en débarquant à Gênes. A son arrivée dans cette ville, il ne trouve qu’une lettre de M. de Schlœzer l’avertissant que rien ne lui est parvenu de Berlin. Cependant le Prince, fort de l’autorisation de son père, se fait annoncer au