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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/573

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Ce mode de procéder avait aux yeux du prince de Bismarck l’avantage d’amener un apaisement des querelles religieuses, dont on commençait à être excédé sur les bords de la Sprée. Pour cette politique de pacification, il espérait obtenir, dans le Landtag, le double appui des conservateurs et des membres du Centre, et s’affranchir de plus en plus, grâce à cet appui, de l’influence du parti national-libéral.

Mais à défaut d’un résultat définitif auquel on n’avait pu aboutir ni à Kissingen, ni à Gastein, le cabinet de Berlin ne pouvait-il pas, du moins, sérieusement améliorer l’état des choses au moyen d’une action unilatérale qui démontrerait au Saint-Siège que le gouvernement royal voulait une réconciliation sincère avec l’Église catholique ? Ce fut sans aucun doute cette pensée qui détermina le prince de Bismarck à présenter au Landtag un projet de loi par lequel le gouvernement devait être muni de pouvoirs discrétionnaires lui permettant de suspendre à son gré l’application des lois de Mai. Et comme il espérait, par cette marque de bonne volonté, provoquer l’ouverture de nouveaux pourparlers avec la chancellerie pontificale, M. de Schlœzer fut nommé ministre de Prusse près le Saint-Siège. L’arrivée de ce diplomate à Rome inaugura la seconde phase des négociations que nous avons vue commencer le lendemain même de l’élection du successeur de Pie IX, le 4 février 1878. Désormais nul doute ne pourrait subsister dans l’esprit de Léon XIII sur les sentimens concilians de l’Empereur allemand et du prince de Bismarck. Il ne s’agissait plus que de savoir lequel des deux pouvoirs en présence réussirait, avec le moins de sacrifices possible, à atteindre le but désiré.


I

M. de Schlœzer était particulièrement bien choisi pour le rôle important qui lui était confié. Familiarisé depuis longtemps avec les choses et les personnes des Congrégations romaines, — car il avait rempli pendant plusieurs années les fonctions de conseiller de la légation de Prusse près le Saint-Siège, — nul n’était initié mieux que lui aux questions qu’il allait traiter avec le cardinal Jacobini, promu récemment aux honneurs de la pourpre et désigné en même temps pour remplacer le cardinal Nina comme secrétaire d’Etat.

Très cultivé, de belle humeur, d’esprit fort délié, le nouveau