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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/369

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qui sont préparés à le comprendre, instruits par des méthodes à la formation desquelles il a contribué, n'ont plus rien à apprendre de lui ; leurs maîtres, sur les bancs du collège, leur ont transmis, après l'avoir reçu des leurs, tout ce qu'ils retrouveraient à grand'peine sous une forme beaucoup moins parfaite dans les écrits du premier inventeur. Viète sous ce rapport est moins heureux, et aussi moins admirable, que les grands génies de la science. Archimède, Galilée, Huygens, Leibniz et Newton seront toujours relus avec profit ; leurs œuvres restent classiques, pour les lecteurs même qui croient connaître leurs découvertes. Un maître habile saura toujours remonter à ces sources, et y puiser, sur les sujets que l'on croit épuisés, des vues nouvelles, des méthodes fécondes, et un modèle précieux d'exposition. Les successeurs de Viète n'ont rien laissé à glaner dans ses livres.

Le temps, qui transforme tout, a rendu méconnaissables les emprunts qu'on lui a faits. Chaque fois qu'on répète, en lui rendant justice : Viète est l'inventeur de l'algèbre ! on prépare un grand étonnement aux écoliers qui, sachant lire couramment cette belle langue, voudront ouvrir le petit traité d'algèbre qu'il a nommé Isagoge. Celui qui a suivi avec profit un cours de mécanique très complet, parfaitement exposé par un maître habile et savant, peut trouver en lisant le livre d'Huygens sur le pendule des idées profondes et nouvelles et des voies restées inconnues ; pour le lecteur de Viète aujourd'hui, rien de semblable n'est à espérer ; tout ce qu'il a inventé est devenu familier pour quiconque a étudié, peu importe sous quel maître. Viète, c'est une surprise pour ses lecteurs, ne parle pas la langue dont il est l'inventeur. Pour être mieux compris sans doute, il s'attarde aux vieux usages. Sans faire paraître ici des formules qui effaroucheraient les lectrices moins savantes que Catherine de Parthenay, je suppose qu'un écolier écrive la sixième puissance d'un binôme. Une seule ligne lui suffira, donnant le résultat, clairement, complètement, sans que rien reste à expliquer ; il croira, confiant dans les singulières notions sur l'histoire de la science qu'il est de mode aujourd'hui de donner dans nos écoles et qui se bornent à associer un nom propre à chaque théorème, qu'il a écrit dans la langue inventée par Viète. Qu'il veuille bien ouvrir l’Isagoge à la page 18. J'ai sous les yeux l'édition de Schooten, j'y trouve l'expression de la puissance sixième d'un binôme, mais la formule n'y est pas. Chacun des sept termes, successivement, est