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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/346

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LA VIE D'UN SAVANT AU XVIe SIÈCLE



FRANÇOIS VIÈTE






Le roi Henri IV, recevant un jour en son palais de Fontainebleau l'ambassadeur des Etats de Hollande, énumérait avec complaisance les beaux génies français qui, dans les lettres, dans les arts, ou par de grandes actions, avaient surmonté leurs rivaux. «Je les admire comme vous, répondit le Hollandais qui se piquait de géométrie, mais la France, jusqu'ici, n'a pas produit un seul mathématicien ! » L'accusation venait de bonne source. Adrianus Romanus, géomètre à qui Chasles a trouvé du génie, dans la préface d'un livre récemment publié, avait donné pour chaque nation la liste des personnages excellens en mathématique. Aucun Français n'était cité. « Romanus se trompe ! » s'écria Henri IV, et, se tournant vers un serviteur, il lui ordonna d'aller quérir le seigneur de la Bigottière.

Le seigneur de la Bigottière, conseiller du roi en ses conseils, illustre aujourd'hui sous le nom de Viète, n'avait pas mis encore l'enseigne de mathématicien ; il était inconnu des savans. Après une heure de conversation, l'ambassadeur de Hollande avait reconnu un maître, et, dès le lendemain, il faisait sa cour à Henri IV en proclamant son conseiller intime le maître des maîtres.

Le grand-père de Viète était marchand dans un village du Poitou. Le bonhomme avait fait instruire ses enfants ; c'était alors chose aisée, peu coûteuse, et pourtant assez rare. On enseignait gratuitement aux écoles ; et il y avait foison de collèges, dit Montaigne, qui le regrette. « Je veux croire, dit un pamphlet anonyme qui paraît d'un fort honnête et galant homme, que l'intention de