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Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 141.djvu/334

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d’exercer sur elles l’action effective, éclairée par l’étude des faits, sans laquelle cette autorité supérieure ne serait qu’un vain mot ? Cela fût-il possible cependant, il est certain que la présence du commandant en chef au port ou à l’un des ports relevant de son autorité ne pourrait être qu’intermittente : que deviendrait alors, en cas d’absence, d’évolutions au loin ou simplement au large, l’exercice de cette autorité, avec l’impossibilité de régler les incidens imprévus, si fréquens en marine, de provoquer des décisions urgentes ? Comment les instructions du ministre, responsable en dernière analyse, instructions que le courrier et le télégraphe, en attendant le téléphone, transmettent aujourd’hui à toute heure, iraient-elles atteindre ce chef mobile, insaisissable, pour de là se répercuter dans les services appelés à les appliquer ? En temps de guerre, les écrasantes préoccupations de l’action militaire rendraient encore plus impossible au commandant en chef l’accomplissement de cette double tâche ; mais, dès le temps de paix, la force des choses suffirait à rendre effectivement indépendant l’officier délégué à la direction de chacun des arsenaux : le préfet maritime serait rétabli, ou plutôt resterait maintenu dans sa personne, mais n’ayant plus comme aujourd’hui l’autorité du grade et d’un commandement le faisant relever directement du ministre. Or, ainsi que nous le verrons plus loin, cette haute autorité est essentielle à la bonne marche des choses. Qui ne voit enfin que, s’exerçant dans leur plénitude, des attributions si étendues feraient de nos deux chefs d’escadre deux vice-ministres de la marine et rétabliraient en leurs personnes les anciennes grandes charges des amiraux du Ponant et du Levant ? Une telle conséquence serait-elle compatible avec notre organisation politique et administrative ?

Un autre service enfin, plus ou moins étroitement solidaire de l’institution des préfectures maritimes, serait atteint par sa réorganisation dans le sens proposé. Au moment d’une mobilisation générale le préfet maritime devient le commandant en chef de la place forte englobant l’arsenal et ses abords, en même temps qu’il est chargé de sa défense maritime et de celle des secteurs adjacens du littoral. Il commande, à cet effet, les troupes de terre et de mer affectées à cette défense ; dans certains ports, même, un général de l’armée lui est adjoint. Ce rôle militaire du préfet, auquel il se prépare dès le temps de paix, tendrait plutôt à se développer. Les pouvoirs publics se préoccupent depuis longtemps de